J'ai été formé au Maroc sur les bases-écoles de Marrakech et de Meknès au sein de la promotion 51D, qui a été la première en France à faire du réacteur (T33 dit T bird), la piste de Meknès jugée un peu courte pour de jeunes élèves, nous avons terminé notre formation à Rabat-Sale (piste de 2400 mètres au niveau de la mer).
Brevetés pilote de chasse le 24 septembre 1952, les sergents de la promotion ont quitté le Maroc début octobre, tous mutés sur un avion américain le F84G Thunderbolt.
Personnellement j'ai rejoint à Reims la 11ème Escadre en cours de formation. J'ai été affecté à l'escadron 1/11 Roussillon 2ème escadrille (Comédie). L’escadron était commandé par le CNE Colin (lequel menaçait souvent les sergents de leur « Bomber la guérite »). Le second était le CNE Passemar et la 2ème escadrille était commandée par le LTT Perotte. Mes camarades se sont retrouvés à la 1ère et à la 3ème Escadre. Il nous fallait être transformés sur F84 mais le centre de formation était très encombré, nous sommes partis un mois en permission.
De retour sur la base de Reims après avoir suivi des cours au sol, nous avons effectué environ 10 heures de vol sur ce nouvel appareil. Habitués au Maroc… bonne météo, sécheresse, pas de nuage…! Les premiers vols ont été un peu déroutants.
1er souvenir : Mon premier vol sur F84 a duré 20 minutes, car lâché par une météo plus que douteuse (fin novembre), j'ai été vite rappelé au terrain. De toute façon je n'avais pas vu le secteur qui m'était attribué car la Marne en crue faisait plusieurs kilomètres de large.
2ème souvenir : 1er vol en formation. À priori pas de problème car nous étions bien formés. Mais il y avait quelques nuages et il fallait traverser une couche de plus de 10000 pieds. J'ai dû me battre contre moi-même et mes sensations pendant plusieurs minutes. Enfin tout s'est bien passé et après avoir travaillé au-dessus de la couche, la descente a été plus facile.
La 11ème Escadre a rejoint début décembre la base de Lahr en République Fédérale d'Allemagne après que celle-ci ait été libérée par la 1ère Escadre qui rejoignait son terrain de Saint-Dizier enfin terminé.
Le centre de formation terminé, j'ai rejoint Lahr début janvier : météo exécrable, brouillard permanent, très peu de vol car il n'y avait pas de radar d'approche. De plus j'ai attrapé un zona. Un vol m'a marqué (leader SLT Marchand ancien de 39/45 et d'Indochine) nous avons décollé sur les Vosges. En formation de combat les virages se succédaient 90° droite, 90° gauche, 180° droite ou gauche, question du leader : quel est le bled à 11 heures ?... Puis 2 ou 3 virages et nouvelle question : quel est le bled à 3 heures ?... Le sol était enneigé, on ne voyait ni route ni voie ferrée. À ma grande honte, après avoir pris cap à l'Est, que Strasbourg à gauche Colmar en face et Mulhouse à droite… i1 n'y avait pas de neige dans la vallée du Rhin.
Donc peu de vols mais début mars mission intéressante nous sommes allés chercher quatre F84G à Saint-Nazaire-Montoir où ils étaient arrivés en cocon remontés et essayés par un pilote du CEV et un sergent de la 11ème Escadre.
Mon séjour à "la 11" a pris fin très vite car j'ai été nommé SLT de réserve en situation d'activité (ORSA) en mars avec effet rétroactif au 1er octobre 1952. Ce fut pour moi un profond regret car j'avais choisi "la 11". Je fus donc illico muté à la 1ère Escadre. J'ai eu pourtant l'occasion de croiser la 11ème Escadre par au moins 2 fois :
En 1967-68 officier de tir à Solenzara j'ai été lâché par le 2/11 sur F100, ce qui m'a permis de tirer en Air-Air et Air-Sol sur cet avion D'HOMME.
Plus tard en 1976/78 OLFA (officier de liaison) auprès de la 1ière DIV à Trèves nous étions jumelés avec la 11ème Escadre stationnée à Toul. Nous avons créé un exercice d'appui aérien d'instruction appelé "Jaguars". J'ai aussi pu œuvrer à la rencontre entre pilotes et jeunes officiers de l'armée de terre ce qui avait été oublié durant une quinzaine d'années.
Je suis resté fidèle jusqu'à ce jour à la 11 et malgré mon âge avancé je rejoins mes jeunes camarades dès que possible.
