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La 34ème Assemblée Générale de notre Amicale a lieu le vendredi 17 avril 2026 à 10h à la salle du Tir au Vol d'Arcachon.

Suivi de notre traditionnel repas.

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La France Mutualiste

Prochaine permanence de France Mutualiste à l'Amicale mardi 31 mars 2026.
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Danser sur les vagues

Ce 4e opus de Marie-José ABLANCOURT, épouse d'un membre de l'amicale et une des rédactrices dans notre bulletin, peut être acheté soit sur : www.edilivre.com

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"As de guerre" de l'Armée de l'Air Française

Une enfance testerine dans la lignée de son père.
Le Colonel Legrand, né en 1914, grandit sans le souvenir d'un père qu'il n'a pas connu : mobilisé un mois avant la naissance de son fils, André Legrand trouve la mort le 27 septembre 1915, à Ville-sur-Tourbe, (Marne), lors de la grande attaque en Champagne. Déclaré Mort pour la France, il reçoit à titre posthume la Croix de Guerre avec palme, et la Médaille Militaire.
Parlant de son père, André-Armand, ce fils tant désiré qui ne l'aura vu qu'une seule fois au cours d'une permission, souligne : « Je n'ai connu que son cercueil quand on l'a ramené ».
Il suivra naturellement les traces de son père et sera aussi un fameux becadey ! (chasseur de bécasses), comme aiment à le rappeler sa mère et les vieux poilus, anciens camarades de son père.
Comme beaucoup de jeunes garçons testerins, il s'aguerrit dans les "guerres de quartier". Il est le meneur du quartier du Coum (actuelle place Jean-Jaurès), car la maison familiale est toute proche, rue Edmond-Rostand ; son grand ami Jean Labarthe est son alter ego du quartier du Port. Ils partagent une certaine condescendance vis-à-vis de ceux de Cap Lande... Ces petits garnements ne craignent pas trop le garde-champêtre. Lui-même compte sur l'indulgence de sa mère qui ne le prive pas longtemps de son goûter : une bille de chocolat "Louis" dans un quignon de pain.
Il s'émerveille devant les évolutions de l'équipe de rugby, « les joueurs étaient pour nous des divinités » et ne manque pas de les imiter, d'abord sur la place avec un béret en guise de ballon, puis sur le terrain. Le jeu est alors "sportif " : « les horions pleuvaient ! ».
Il se remémore avec nostalgie la pêche aux "épinoches" (petits poissons) dans les "crastes", des courses de bateaux dans les caniveaux après la pluie : l'automobile n'a pas encore colonisé la rue, les commerçants font leur tournée avec un cheval. Les jouets, il les fabrique lui-même, sous la direction des anciens : castagnettes, "rigue-rague" (crécelle), "pétaduy" (sarbacane en bois de sureau)…
« Le temps béni des vacances au Ferret »
Il se souvient tout particulièrement des vacances « merveilleuses », « perdues à jamais au fond de la mémoire », avec Jean Labarthe. Cette « campagne d'été », qui dure près de 3 mois, nécessite de la part de sa grand-mère maternelle une longue préparation : « Deux mois à l'avance, elle achetait puis rangeait avec le plus grand soin, pommes de terre, haricots, sardines à l'huile, conserves de toutes sortes, un ou deux jambons. Elle comptait et recomptait chaque jour son trésor ».
« À La Pointe, il n'y a alors que 3 ou 4 cabanes de pêcheurs, dont la nôtre, que nos grands-pères, maîtres de barque, utilisaient à la saison de la pêche aux mules ». La magie opère dès la traversée du bassin en pinasse à voile négociée avec un ostréiculteur. « Les plages vierges, la forêt, nous appartenaient toutes entières » ; il n'y a plus que les baignades, « les concours de plongeons au bout de la jetée en bois», les promenades dans les dunes, et la chasse au cul blanc, tout un art, qui commence par la recherche de l'appât, des fourmis volantes débusquées dans de vieilles souches de pin ».
Pour se faire la pièce, il n'hésite pas à vendre la fournée du boulanger-pâtissier Labat, en criant le long des villas : « Petits pains de La Teste, biscuits à l'anis ».

Colonel André-Armand Legrand

Pilote de guerre, campagne de France 1939/1940 (wikipédia)
Au début de la Seconde Guerre mondiale, sergent-pilote, il appartient à l'escadrille des Sioux du Groupe de Chasse II/5 La Fayette. Basé en Lorraine sur l'aérodrome de Toul Croix-de-Metz, il participe aux premiers combats aériens du conflit.
Le 20 septembre 1939, aux commandes de son Curtiss H75-C1 n°1, il est le premier pilote français à abattre un appareil ennemi, un Messerschmitt Bf 109E du 3/JG 53 au -dessus d'Überherrn.
Le 9 novembre 1939, en protection d'un avion de reconnaissance au-dessus de la Sarre avec huit autres appareils (Curtiss) de son escadrille, il est attaqué par vingt sept Messerschmitt Bf 109D du JGr 102 conduits par Hannes Gentzen. Le lieutenant Pierre Houzé est le chef du dispositif français. À l'issue du combat qui s'ensuit, les français peuvent revendiquer neuf ennemis abattus, dont deux par le sergent Legrand, sans subir de perte. À court de carburant lors de son retour vers Toul, Legrand se pose dans un champ près de Lesse (Moselle) où il est recueilli par une unité du Génie. Cet épisode de la guerre aérienne qui fût appelé le combat des 9 contre 27 fit immédiatement l'objet d'un reportage de plusieurs pages dans Paris Match. Le revers subi par les Allemands entraînera le retrait du JGr 102 à Bonn et la convocation de Gentzen à Berlin pour s'expliquer sur ce cuisant échec.
Le 11 novembre 1939, le sergent reçoit sa première palme de sa Croix de Guerre.
Le 10 janvier1940, au dessus de Kirschnaumen (Moselle) il remporte sa quatrième victoire sur un Messerschmitt 109 E3 du 1./JG 2. Le 5 février 1940, il est promu sergent-chef.
Le 15 mai suivant, le capitaine Monraisse, l'adjudant-chef Dugoujon, le sous-Lieutenant tchèque Klan et le sergent-chef Legrand sont à l'origine de la probable destruction d'un Heinkel 111 du III./KG 55 du côté de Noyon. Le lendemain, il achève un Henschel Hs 126 déjà mis à mal par quatre de ses coéquipiers. Pour la première fois mais sans dommage vital, son appareil est touché.
Le 20 mai, la formation de Curtiss dont il fait partie abat un Dornier 17 qui s'écrase à Crepey, près de Toul.
Le 25 mai, vers Angevillers près de Thionville (Moselle) il remporte sa septième victoire homologuée sur un autre Dornier 17. Un nouveau Messerschmitt Bf 109 subit les feux des mitrailleuses du Curtiss de Legrand avant de tomber en flammes du côté d'Amiens.
L'avancée des troupes allemandes, le 13 juin 1940, est telle que le groupe reçoit l'ordre de quitter Toul pour Dijon. C'est depuis cet aérodrome qu'il partage avec deux de ses coéquipiers une victoire sur un Heinkel 111. Puis c'est vers Lyon et Perpignan que les pilotes sont envoyés.

Départ pour l'Afrique de Nord
Le 19 juin 1940 au matin, faisant fi des informations annonçant un armistice, la majorité des groupes de chasse décolle cap au sud, en direction de l'Algérie. Le 20 juin à 10 heures, c'est au tour du Groupe 2/5 au grand complet de prendre la direction d'Oran où, en application des conditions d'armistice, les appareils se voient techniquement mis dans l'impossibilité de voler. Le 30 juin évasions vers Gibraltar de plusieurs pilotes
comme René Mouchotte, Émile Fayolle et quelques autres qui s'emparent de deux appareils sur la base aérienne d'Oran-la-Sénia avec la ferme intention de poursuivre le combat aux côtés des Britanniques. Legrand et quelques-uns de ses équipiers sont en train d'envisager une fuite vers Gibraltar quand survient l'affaire de Mers-el-Kébir.

Mers-el-Kébir 1940
Le 3 juillet 1940, de nombreux bâtiments de la Royal Navy se positionnent devant Mers-el-Kébir pour demander le ralliement ou l'acheminement vers un port neutre (en Espagne) des navires français au mouillage. Ayant rejeté l'ultimatum britannique, le commandement français ordonne la remise en état des appareils de la chasse cloués au sol et les envoie couvrir le port d'Oran. La patrouille de trois Curtiss dont fait partie
le sergent-chef Legrand se retrouve rapidement confrontée à trois Blackburn Skuas (Anglais). Legrand en abat un sans état d'âme.

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Après avoir été attaqué par un anglais, Legrand l’abat sans état d'âme. Il revient de cette mission avec 32 impacts de balles dans sa plaque de blindage et son parachute !
« Devant nous, nous dit Legrand, 6 avions inconnus foncent droit devant sur notre patrouille. Je pense encore, on ne va pas se tirer dessus entre aviateurs… Nous allons nous croiser. Je me prépare à faire un geste amical. Leur amitié, les Anglais nous l'adresse sous forme de gerbes de balles tirées de face ».
1297 soldats Français, dont 7 marins du Bassin d'Arcachon, périront dans ce regrettable épisode imbroglio politique. (LR)

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Ce massacre aura en outre pour fâcheuse conséquence de détourner les aviateurs français de leur volonté de poursuivre la lutte contre les Allemands (et les Italiens) en se ralliant aux forces britanniques. Gibraltar n'est pas si loin mais la rancœur l'emporte et peu de militaires français choisiront dès lors de rallier l'Angleterre.
Le 14 juillet 1940, bien qu'il ne soit que sergent-chef, André-Armand Legrand reçoit la Légion d'Honneur et fin juillet obtient son galon de sous-lieutenant.

1942-1945
Lors du débarquement allié en Afrique (opération "Torch"), étant resté sous les ordres du gouvernement de Vichy, à proximité de Casablanca, il descend deux chasseurs (dont 1 probable) de l'Aéronavale Américaine, des F4F.
Les pilotes américains répliquent et son avion est tellement endommagé qu'il est détruit lors de son atterrissage forcé. En janvier 1944, il est nommé instructeur à Meknès. Ses victoires sont au nombre de 6 auxquelles s'ajoutent 3 victoires en collaboration et une victoire probable en collaboration.

Après 1945
Après un passage à la base aérienne de Tours, le capitaine Legrand passe par différents postes en métropole, au Maroc et en Algérie. Le lieutenant-colonel Legrand est affecté à l'État-major de la FATac (Forces Aériennes Tactiques) et quitte l'armée de l'air en janvier 1969.


Retour à La Teste de Buch.
Après une carrière entièrement tournée vers l'aviation, c'est tout naturellement que notre As de guerre retourne sur les bords du Bassin d'Arcachon qu'il chérit tant. Il participe activement à la vie publique de La Teste des années 1960 jusqu'aux années 1990, en occupant les postes de conseiller municipal, conciliateur de justice et Président de la Commission de Sécurité Incendie du District.

Il repose au cimetière des Ninots à La Teste-de-Buch.

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Totalisant 3129 heures de vol dont 251h de guerre et 12 victoires aériennes, le colonel André-Armand Legrand est Commandeur de la Légion d'honneur, titulaire de la Médaille Militaire, de la Croix de Guerre 1939-1945 avec 9 palmes et 4 étoiles, de la Croix de la Valeur militaire et de la Médaille de l'Aéronautique.
Et l'on se plait à penser qu'avant de nous quitter, le colonel Legrand commente les images de son glorieux passé, d'homme et de soldat. L'entendez-vous ?
« La porte de l'avion se referme derrière tout un passé de joies, de peines et de sacrifices.
Les évolutions les plus hardies sont exécutées, les collisions évitées de justesse. Un avion passe en feu au ras de mon capot. Ami, ennemi ? Allez voir, à cette vitesse, dans ce chaos monstrueux et dans cette pagaille folle ! Tirer, dégager, piquer, cabrer, tirer à nouveau, le regard fou et pourtant enregistrant tout en un éclair, se portant partout à la fois […] Cris de victoire, de rage ou d'angoisse, retentissent dans les écouteurs. Les balles, les obus trouent les tôles, déchiquettent plans et fuselages, tuent les hommes. Les avions flambent en l'air, s'écrasent au sol dans des volutes noires...
Je rends grâce à mon mécano. Que ferions nous les pilotes sans ses hommes dévoués toujours présents […] avec des gestes de mère-poule, Combier aide à mon harnachement. Préparation rituelle du chevalier d'antan, endossant son armure, du toréador revêtant son habit de lumière.
Je conserve sur ma poitrine le fameux Sioux emplumé, le N°9. Il ne me quittera jamais ».

Grand merci à la municipalité de La Teste de Buch, Wikipédia et Morgane, petite fille de ce véritable héros qu'a été son valeureux grand-père.

Compilation Georges Billa