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Un vol d'essai après visite "deuxième échelon"

Et... comment le pilote arrête l'avion en freinant avec... ses pieds !

20 mai 1955. Avion Mistral N B 178. 9 heures 30.

Décollage normal et montée vers 15000 pieds pour différents essais.

Vol d'essai Mistral

-Tour de Contrôle : « Comment se comporte votre appareil ?
-Pilote : train rentré, paramètres normaux et dans le vert. À 10000 pieds, vous contacterai début essais de contrôle.
-OK à tout de suite .
-Début essai, sortie train, volets, vol vitesse réduite, essai régimes réacteur.
-Comment s'est comporté votre appareil ?
-Tout est OK dans les différentes phases ,je vais monter vers 15000 pieds en position "vol dos".
-Bien reçu, comment se comporte votre appareil ?
-Pas mal !!! Ça monte... Mer.. Le réacteur "dévisse", je vais prendre la configuration "ACONTUCOU" et appliquer la procédure de "rallumage".
-Où en êtes vous ? Et comment se comporte votre appareil ?
-Paramètres rallumage OK, j'appuie sur relais "J" pour enclencher séquence.
-Alors ???
-Rien, essai infructueux, je prends direction Salon et tente un deuxième essai... j'ai suffisamment d'altitude. Je vais traverser la Durance mais je ne pense pas pouvoir rejoindre Salon, Malemort est devant moi...
-OK... croisons les doigts !
-Pas de réallumage. J'aperçois un petit terrain vague après les champs de melons. Je ne m'éjecte pas et vais tenter un crash au sud de Malemort...
-Mer..! Mer..! Mer ! j'alerte la sécurité !
-En approche pour le crash...
-Friture... ; ça ne passe plus ! »

Mon approche se passe bien, petit terrain en vue, mais je pense que je vais "élaguer" quelques cyprès... c'est fait : les ailes font office de "coupe haies" !

Contact assez réussi, peut être un peu dur sur un sol marécageux. GRAND BRUIT !... Mon fuselage vient de se sectionner à la hauteur du siège et mes pieds sont entraînés sous mon siège. Des petites branches et herbes me fouettent le visage. Je n'ai aucune douleur mais un grand "bourdonnement" dans ma tête.

Je veux quitter l'avion le plus vite possible : je déboucle mes sangles et me trouve alors le nez dans les herbes et les branches, jambes et pieds sous le siège !

Je tire très fort. La jambe et le pied droits sont dégagés. Mais, jambe et pied gauche restent "cloués" par des aspérités de carlingue. Je tire alors très très fort et ça vient, sans les bottes restées enfouies !...

Je rampe quelques mètres, ma tête bourdonne et je perds connaissance.

Quand je reprend mes esprits, je suis secoué, et pour cause... je me retrouve sur la remorque d'un cultivateur de melons, venu à mon secours avec des amis. Il avait suivi mon crash et me transportait chez le médecin du village en attendant les secours militaires de Salon.

Ce médecin m'a prodigué des soins "radicaux" nettoyant mes blessures avec ce que je croyais être de l'eau alors que c'était de l'alcool à 90°. De ce fait, il a reçu les félicitations de la part des chirurgiens de l'Hospital de Salon. Par la suite et bien aidé par mon épouse, s'est déroulée une rééducation intensive.

Visite de contrôle et passage au CEMPN... Résultats : profil 11111. Bon ! Va pouvoir revoler.

Le 07 juillet 1955, sur le Mistral NA 93, j'effectue un vol de "reprise en mains" avec figures de voltige et, en passant sur le dos, le réacteur ne s'est pas éteint !!!

Petite anecdote :

L'après-midi de mon crash, mon épouse, conduite par mon ami Henri Hautin, a voulu voir mon avion. Leur surprise fut grande en voyant les enfants d'une école privée qui étaient en visite guidée, encadrés par leurs Bonnes Soeurs enseignantes. « Le pilote est-il mort ?... » demandait-on à mon épouse et à Henri...!

Crash Mistral

Pour notre grand bonheur, (et celui de son épouse !) le pilote rescapé de cette aventure, n'est autre que notre Vice-président
Roger Martin Fallot. Bravo Roger !


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