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SOLDAT

C'était sur France5 le mardi 22 Mars

Sur un documentaire de Philippe Pichon, France 5 a diffusé une excellente émission consacrée au domaine militaire.
La présentation qu'en avait fait Télé Z ne se bornait qu'à la vie du soldat en opérations et en entraînements. Pour notre part, il nous a semblé que le plus important résidait aussi dans les brillantes interventions de consultants, particulièrement avertis et compétents, dont voici des extraits qui ne reprennent cependant pas la chronologie de l'émission.

Monique Castillo philosophe de la politique contemporaine
« Les valeurs militaires ne se bornent pas à être des intentions. C'est très important car, pour le citoyen comme vous et moi, nos valeurs sont des intentions : intention d'être respectueux des autres, de travailler à la justice, à la liberté. Si ça ne se réalise pas, notre intention reste juste et louable quand même.
Chez un militaire, une intention, ça n'existe pas. Il faut que ce soit un acte. C'est-à-dire que c'est dans l'incarnation de la valeur que se fait la valeur du soldat. Lorsqu'il est face à des massacres, lorsqu'il est face à une urgence, il doit agir. Il doit aussitôt réaliser l'intention pour en faire une action : j'appellerai ça des vertus. »

Général Henri Bentégeat. Ancien chef d'Etat-major des Armées
« On a le sentiment que la guerre est finie. Bien sûr, il y a le terrorisme, mais le terrorisme ce n'est pas la guerre. Il y a des guerres civiles, mais ce n'est plus entre nations... Est-ce que ça vaut le coup encore d'avoir des Armées puisqu'il n'y aura plus de vraies guerres à l'avenir ? Je crois que l'on se fourvoie complètement. »

Monique Castillo :
« C'est ce que l'on pourrait appeler un pacifisme illusoire. Le fait de croire qu'il suffit d'être pacifiste pour que la paix arrive est une vue un peu intellectuelle, abstraite et un peu imaginaire qui consiste à se dire que si tout le monde pense que la guerre est mauvaise, hé bien tout le monde va se mettre d'accord pour ne plus faire la guerre. Mais malheureusement ça a un effet dommageable sur la vie politique. Ça conduit à fermer les yeux et à s'aveugler sur la réalité de la violence dans le monde, à ne pas la comprendre et à se réfugier dans un imaginaire collectif pour éviter le drame. »

Général Henri Bentégeat :
« En 20 ans, le budget des Armées a baissé de 20 % (alors que les matériels, de plus en plus sophistiqués, coûtent de plus en plus chers LR). C'est le 5ème poste budgétaire, loin derrière l'Education Nationale. Pour autant, la politique de la France n'a pas changé fondamentalement depuis le début de la 5ème République. Et, dans cette continuité, ce qui a été décidé, c'est de doter la France des moyens d'une grande nation et ça, c'était quelque chose qu'il était facile de tenir en dépensant 2% du PIB de la France, mais aujourd'hui, en n'y consacrant que 1,3%, ça devient un pari intenable.
Nos matériels sont à bout de souffle parce que trop utilisés en opérations, mais en France, 20% des chars seulement sont disponibles. (La disponibilité des aéronefs n'est pas des plus brillantes non plus ! LR),
On sait, de mieux en mieux, avec les moyens électroniques mo-dernes, frapper à distance. La difficulté, c'est qu'il ne suffit pas de frapper et de détruire, il faut, après, régler la crise sur le ter-rain : soit on laisse l'affaire aux locaux (débrouillez-vous entre-vous) et on a aujourd'hui ce que l'on a en Lybie, soit on essaie d'implanter une Force des Etats Unis (ONU) qui ne résout rien (ça dure à Chypre depuis 1974 !)
Théoriquement, quand on démarre une opération, le Politique devrait définir l'étape finale recherchée et la stratégie de sortie : quelle doit être la situation quand l'intervention militaire se termine et comment sortir de ce truc là une fois que l'on s'y est engagé. Et ça, c'est fondamental pour le militaire d'affronter ces deux choses là, parce qu'il va planifier, s'organiser, à la fois, en fonction de l'étape finale et, en même temps, en fonction du moment où il pourra sortir et les conditions dans lesquelles il pourra sortir. Et ça, ça n'est pratiquement jamais fait parce qu'en réalité les Politiques s'engagent la plupart du temps dans l'émotion et sous la poussée de l'opinion publique. Par la suite, interviennent les compromis… puis on y va en définitive comme on peut. Le but change. Et ça, ça ne facilite pas la tâche des chefs militaires, ni à Paris, ni sur le terrain. »

Francis Gutmann, Ambassadeur de France, Ancien Président du Conseil Scientifique de la Défense.
« Nous avons soutenu Moubarak. Nous avons soutenu Ben Ali. Nous avons soutenu les dictateurs parce qu'ils assuraient la stabilité de leurs pays, voire leurs défenses face à certains types d'Islam. Lorsqu'ils se sont trouvés renversés, on a dit bravo, la démocratie l'emporte. Mais à part en Tunisie, ça ne tourne pas bien ailleurs. L’Egypte est revenu au statu quo d'avant. Voyez la Syrie etc… Nous nous retrouvons dans cette situation où nous avons été les alliés des dictateurs par commodité, l'adversaire des dictateurs par idéal et, politiquement aujourd'hui, les héritiers de situations impossibles.
Tout ceci demande du recul. Il ne suffit pas d'avoir de bonnes intentions. Comment devons-nous aujourd'hui concilier un certain nombre d'idéaux tout à fait légitimes avec les impératifs de la paix et la défense de nos propres intérêts.
Si la France se résigne à être la Suisse, il n'y a plus de France. Vous le savez comme moi, ou on se surpasse, ou on croule. Et je dirai que nos forces militaires sont un moyen important de nous aider à nous surpasser. Mais qu'il y ait un problème budgétaire dramatique, c'est évident. »

"Si vis pacem para bellum".
(Si tu veux la paix, prépare la guerre).
C'est toujours d'actualité !

Georges Billa


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La troupe de théatre et de danse "les Super Anges" du Bénin