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Nous étions là avant...

Nous étions là avant les radars, les cartes de crédit, la bombe atomique, le rayon laser, avant le stylo à bille, avant le lave-linge, le lave-vaisselle, le congélateur, la climatisation, avant que l’homme ne marche sur la lune.
Peu d'entre-nous allaient au cinématographe, possédaient un phonographe, un téléphone, une glacière, une automobile, (le gicleur se bouchait dans le carbu et les bougies devaient suivre l'allumage du delco !). Rares étaient ceux qui partaient en vacances. On s'émerveillait au passage d'un aéroplane.
Nos parents achetaient chez le crémier le beurre en motte, le lait à la verseuse. Les meubles, c’était Lévitan, les Galeries Barbès ! C'était l’ère d’avant les HLM, les "Pampers", le coeur artificiel, les transplants... C'était avant que les jeunes gens portent des bijoux de dames...
Au service militaire, on ne se faisait pas réformer (la honte !). On se mariait avant de vivre ensemble. Il y avait peu de femmes au travail, pas de congé parental, pas de télécopie ni de courrier électronique. Beaucoup mourraient d’une fluxion de poitrine, de la tuberculose ou du croup, d’une dent gâtée, les mères en mettant un bébé au monde, et la scarlatine durait 40 jours. On ne mourrait pas du cancer, on était mort avant.
Un ordinateur était quelqu’un qui conférait un ordre ecclésiastique. Les PC et leurs bits et mégabits, avec Facebook, tweeter, les "in" les "off" et autres pixels, n'étaient même pas connus des bobos actuels et l'anglais n'était pas encore une langue "invasive".
Une puce était un insecte parasite. Une souris, de la nourriture pour chats. Les paraboles étaient dans la Bible, pas sur les toits. Un site était un point de vue panoramique, un joint empêchait un robinet de couler, une cassette servait à ranger les bijoux, l’herbe était faite pour les vaches, le rock était une matière géologique, un gai était un homme enjoué...
Nous sommes sans aucun doute une génération robuste et vivace, quand on songe à tous les changements qui ont bouleversé le monde et à tous les ajustements que nous avons dû négocier et auxquels il nous a fallu nous adapter.
Pas étonnant que nous nous sentions parfois un peu sûrs de nous et fiers d’avoir su sauter le grand fossé entre nous et les générations qui nous ont succédées. (LR)