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Georges Billa

Nous avons déjà fait connaissance avec les Martin (Pascal et Roger). Aujourd'hui c'est à notre chargé du journal que nous allons consacrer cette page. Il y a bien longtemps que nous le demandons à notre coordinateur et metteur en page, mais le bougre a toujours repoussé l'échéance ! Je suis donc allé voir notre homme et de la discussion à bâtons rompus, je vous rapporte ici ce que j'en ai retenu de plus saillant. Pour le reste, je lui laisserai "la libre Antenne" !
Médocain pur jus, Georges (Jo) est un rural et fier de l'être. Il a vu le jour entre la vigne et les pins. Chasseur-pêcheur quelque peu braconnier depuis sa plus tendre enfance, écolo non intégriste, il a toujours été épris de nature et de liberté. Il pense que la liberté ça doit se défendre bec et ongle. Il accepte la modernité « quand, dit-il, elle ne conduit pas à nous déraciner pour nous transplanter dans d'autres terreaux... ». Pas toujours facile d'accès, mais toujours très conciliant, bosseur infatigable, il ne s'est pas fait tout seul, mais presque. Il se dit souvent redevable à ses parents, travailleurs honnêtes, mais aussi beaucoup à son épouse, à ses enfants et à l'Armée de l'Air. D'une sensibilité à fleur de peau, les amitiés fidèles sont vitales pour ce Médocain au verbe haut et bourru d'apparence. Mais je vous laisse en sa compagnie.

Jacques bize

Jo Billa

« 16 mars 1935… Faisait-il beau ce jour là ? Pardonnez-moi, je n'en ai aucun souvenir ! Ce n'est pas mon visage qui découvrit ce monde en Médoc. J'ai commencé par lui montrer ma face postérieure car je bougeais beaucoup dans le ventre de ma mère. Toute la famille m'a longtemps appelé "Biroulèt" : celui qui a la "biroule", en français, le tournis !
Vers mes 4 ans, c'était encore le Paradis. Je revois ma mère repassant en écoutant la radio "Bordeaux La Fayette". Ce paradis pris fin un jour de 1939 où je l'accompagnais revenant du lavoir, la brouette chargée de linge. Tout à coup les cloches de l'église sonnèrent le tocsin. Celui qui n'a jamais entendu ce son, lancinant, lugubre, interminable, ne sera jamais aussi pénétré jusqu'au plus profond, par ce duo de cloches « ding, ding, ding, ding dong, ding... ». Je n’ai réalisé la gravité de la chose que lorsque ma mère s'est écriée « Ça y est… la guerre est déclarée ! » À cette époque, les gens dormaient tranquille ! Radio et journaux étaient à l’unisson : « Tout va très bien Madame la marquise ! ». (Vous voyez, rien n'a changé !).
Mon père parti à la guerre, ma mère recueille des réfugiées belges, Elle travaille au château Comtesse de Lalande. C’est là que j’ai été sevré avec modération sans en connaître le mot !
L’école, ce fut à Saint-Laurent du Médoc. En CM2, deux livres d’histoire ("Audrain" qui racontait l'Histoire de France vue par la droite et "Du Village" vue par la gauche !). On lisait les deux ! Le "Père Homs" avait des méthodes à lui pour provoquer l'émulation : sur les traces de Magellan, nous avions trois caravelles épinglées sur une mappemonde pour faire le tour du monde. Chaque navire avait son équipage et son capitaine. Roger commandait la rouge, moi la verte. La jaune était "l'équipe fantôme". Nous avancions avec les points cumulés par chaque équipage en fonction des notes de chacun. Pressentant peut-être des talents d'artiste, Monsieur Homs m'avait confié l'exploitation de la "lanterne magique" où l'on passait des vues de culture et de divertissement. Tout s'est très bien passé jusqu'à la veille des grandes vacances. Ce jour là, j'avais conçu le programme et "semé le branle" dans le rangement des vues que M. Homs tenait impeccablement ! Aussi, dès que la classe fut vide de spectateurs, j'ai eu droit aux félicitations qui font rougir oreilles et fesses ! Mais je n'en suis pas mort ! On pourrait remplir un bouquin rien que sur Mon École. J'en suis encore ému en y pensant. Et quand on voit où on en est ! En sortant, on savait suffisamment lire, écrire et compter pour se lancer dans la vie, où poursuivre.
16 ans. C'est bien sûr les amourettes. 18 ans. Gisèle est entrée dans ma vie depuis maintenant 64 ans. Deux enfants. Femme de militaire, "Gisou" gère et éduque fille et garçon : volonté et valeurs morales se retrouvent jus-que chez nos petites "jeunes filles" : nous en sommes fiers et particulièrement gâtés !
Bientôt 21 ans. Après une période de très durs travaux forestiers, 12 heures par jour, je suis appelé dans l’Armée de l’Air en février 1956. Meknès, puis Marrakech où l'on crée les deux premières escadrilles de T6 qui partent pour l’Algérie. La 1/72 "Baron", partira pour Sétif. Elle est commandée par un certain lieutenant Capillon ! La 2/72 "Marquis", à Batna. Puis ce sera un détachement à Khentchela. Ambiance aéronautique on ne peut mieux. On forme, du chef de détachement à l’appelé, vraiment une équipe. Aide mécano avion, je suis en binôme avec le sergent-chef Olivier Darracq (avec un Q comme tout le monde !) super ! Je "fais tourner" dès le matin réveillant toute la ville... ! Vols d’essai, reco… J’y prends goût. Rapatrié à Mont-de-Marsan en 1957, je m’engage. Brevet de ravitailleur technique, muté au 3/30 à Tours puis à Reims. En 1966, mon officier mécano me "donne l’ordre" de passer le concours d'Officier Technicien (OTb 2ème promo). Muté à Romorantin en 1967. Avec l'aide d'un adjudant-chef remarquable, nous transformons l'Entrepôt pour "passer en informatique". J'y ai beaucoup appris et apprécié. L'ambiance là aussi a été, contre toute attente, assez extraordinaire, notamment en dehors du boulot !
Cenon en 1976, Cazaux en 1979, cette merveilleuse Base, où avec mon chef le colonel Poulenard, j'ai passé trois années au commandement de l'ERT. Puis ce fut la Direction Technique de la 3ème RA et la retraite en 1987. Mais la retraite à 52 ans, moi, "ça m'emmerde, si je puis m'exprimer ainsi" ! Chef du dépôt Jaguar à la Coger, j'en partirai en 1995.
60 ans. C’est l'époque "randonnées". Saint-Jacques-de-Compostelle. La montagne nous attire, mon épouse et moi, comme un aimant. J’avais autrefois le vertige... j'irai jusque sur le toit de l'Europe ! Mais, vous l'aurez remarqué, j'accorde une grande place à mon enfance ainsi qu'à mon adolescence. Nostalgie ? Pas que… Je pourrais écrire longuement sur cette période. Elle a été pour moi une rude mais belle école. À 7 ans, je faisais, à travers bois et chemins blancs, 9 km pour porter de gros pains à ma tante, "à l'aide" d'un petit vélo, que je poussais souvent à pied, car les pneus étaient constitués de lamelles de pneus de voiture ! Je vendangeais à Mouton-Rothschild en 1942 avec un cousin pour récolter, à deux, le salaire d'un adulte. Coupé gravement par le sécateur, on met un mouchoir pour arrêter le sang et ça repart. 17 ans : travail de forcené en scierie forestière, 12 heures par jour, plus on produit, plus on gagne, et j'en passerai… jusqu'à mon départ pour Meknès…
Grâce à des professeurs inqualifiables pour rester poli, j'ai loupé mon enseignement secondaire. Mon socle, je ne le dois qu'à ce que l'on appelait autrefois des Instituteurs.
Juillet 2008. Le Président Jacques Bize me demande de dépanner l'Amicale en panne de journaleux ! Des amitiés naissent avec des gens qui croient à certaines valeurs : ça tombe bien, moi aussi ! Certains d'eux portent notre Association depuis maintenant 25 ans. Aujourd'hui, dans ce que je crois être ma dernière ligne droite "active", je suis fier d'être des leurs ».


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La troupe de théatre et de danse "les Super Anges" du Bénin