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Mécanos au Normandie Niémen

Normandie-Niémen

Le Lieutenant Louis Duprat officier mécanicien au "Normandie-Niémen" était inhumé au cimetière de Cazaux.
Le 9 juin 2017, l’unité de chasse française, qui a combattu en URSS, lors de la Seconde Guerre Mondiale, a célébré officiellement son 75ème anniversaire. À cette occasion, le "Souvenir Français", en association avec l'Escadron de Chasse 2/30 "Normandie-Niémen", familièrement "NeuNeu", a organisé une cérémonie dans les communes de la métropole où reposent un pilote ou un mécanicien de l'épopée de ce Groupe de Chasse.
Après quelques recherches, il a été découvert qu’à La Teste de Buch, cimetière de Cazaux, se trouvait la tombe du lieutenant mécanicien Louis Duprat qui avait servi au "Normandie- Niémen". La remise en état de cette tombe a été effectuée par les Services municipaux de la ville et le concours du Comité du Souvenir Français "Georges Clémenceau" de La Teste de Buch.
Le 20 juin 2017, une cérémonie sobre, mais très émouvante, a permis d’honorer la mémoire de ce valeureux ancien du "Normandie-Niémen", dans les termes suivants :
« Aujourd’hui, nous honorons la mémoire de tous nos morts pour la France, de tous ces hommes qui ont sacrifié leur vie ou une partie de leur vie pour que nous soyons un pays libre. Nous nous souvenons, plus particulièrement, du lieutenant Duprat, Officier-mécanicien de l’Armée de l’Air française, décédé le 5 août 1969 à Cazaux. Il n’a pas le titre de "Mort pour la France", mais celui d’avoir "servi la France avec honneur". Le Commandant du "NeuNeu" avait la plus absolue confiance dans cet officier, confiance partagée par l’Etat-major soviétique puisque Louis Duprat a reçu "l’Ordre de la Guerre pour la Patrie" au même titre que certains pilotes ».
En fin de cérémonie et comme le veut la tradition russe en hommage à ses héros, un verre de vodka et un morceau de pain noir ont été déposés sur la tombe du lieutenant Louis Duprat, par les membres du Souvenir Français représentés, entre autres, par Madame Maryse Gilles, déléguée générale départementale, chevalier de l’Ordre National du Mérite.

Pourquoi le nom de Normandie-Niémen ?
C'est en 1942 que le général de Gaulle, considérant comme important que des soldats français servent sur tous les fronts, décide d'engager une unité aérienne sur le front de l'Est. Ainsi, après "l'Alsace" et "l'Ile de France", le 3ème Groupe de Chasse des Forces de la France Libre, est créé. Il va s’appeler "Normandie". Constitué au Liban et après négociations avec l'U.R.S.S, il rejoint la Base d'Ivanovo à 250 km au nord-est de Moscou. Au cours des campagnes aériennes et jusqu’à mai 1945, le Groupe obtiendra 310 victoires en 869 combats aériens. En 1944 Joseph Staline lui attribue le nom de "Niémen" pour ses participations aux batailles au-dessus du fleuve Niémen. L'Unité recevra de nombreuses distinctions militaires, soviétiques et françaises.

Le 3e Groupe de Chasse des Forces de la France Libre.
Avec l’accord des autorités russes, 19 pilotes et 42 mécaniciens dont le lieutenant Louis Duprat, forment ce 3e Groupe de Chasse. Le GC3 arrive en URSS le 28 novembre 1942. Il reçoit des avions du type YAK et se trouve engagé dans la 1ère Armée aérienne soviétique.
Les fonds de tiroir sont utilisés. Sur 49 mécaniciens français, seuls 15 sont qualifiés. Les autres seront des aides-mécanos. En outre, les difficultés de formation sur le matériel soviétique, et en particulier d’échange linguistique avec les mécaniciens russes, vont provoquer le départ des mécaniciens français.
Le 18 août 1943, le lieutenant Louis Duprat, officier-mécanicien et ses mécanos français, sont mutés au Moyen-Orient. remplacés par des mécanos soviétiques, ils n’ont jamais failli dans l’accomplissement de leurs missions. Les pilotes français continueront eux à se battre dans des conditions particulièrement difficiles et avec de lourdes pertes jusqu’à la fin de la guerre en 1945.

Normandie-Niémen

Conditions de vie des mécanos au Normandie-Niémen
Quand on parle d’aviation, nous évoquons beaucoup les pilotes mais peu les mécaniciens. Or, ces derniers ont, ou n'ont tenu que huit mois sous ces latitudes, car si pendant cette période les mécaniciens ont appris la vie "à la Russe", ils n'avaient jamais pensé qu’un homme puisse travailler dans des conditions aussi difficiles. Jugez-en plutôt.
A leur arrivée, ils n’avaient trouvé comme installation que les alvéoles en rondins et branchages dissimulés dans des bosquets de bouleaux et destinés aux YAK du "Normandie". Les isbas (maisons russes) étaient réservées aux pilotes. Pour se loger, les mécaniciens français avaient dû creuser des trous dans la terre et les étayer de troncs d’arbres. Les mécanos russes qui les accompagnaient, et qui étaient à la même enseigne, leur avait fait comprendre que dans l’aviation soviétique tout était réservé aux pilotes et que le simple mécanicien devait se débrouiller par ses propres moyens où qu’il se trouvât. « Eux ils sont spécialisés, ils risquent leur vie. Nous pas… ou presque pas…» !
Levés à 3 h du matin, après avoir passé la nuit dans le trou humide et glacial, qui leur servait d’abri, l’estomac lesté d’un thé trop clair et non sucré avec une tranche de pain noir, les mécaniciens procédaient à la mise en état des YAK. Vidangés tous les soirs, chaque avion qui avait passé la nuit sous une bâche matelassée (car on prenait plus soin du matériel que des hommes) recevait son plein d’huile tiède et d’eau chaude à 80° apportées par un camion spécial. Par moins 30°, température des premiers jours, l’opération, simple en soi, transformait les abords des YAK en chaudière. Il ne restait plus, ensuite, qu’à chauffer les moteurs toutes les 20 minutes jusqu’au départ du pilote en mission. Ces mécanos travaillaient dans des conditions extrêmes : certains jours par -25° avec des pointes à -40°, -50°. Le froid était tel qu’ils ne retiraient leur moufle qu’à la dernière extrémité à l’instant de visser ou dévisser les pièces les plus délicates. Ils ne pouvaient rester plus de 15 secondes les mains nues et encore fallait-il les frotter vigoureusement jusqu’à ce que la circulation revienne. En quelques jours les doigts habituellement noirs des mécanos se transformaient en rameaux rouges, bourgeonnant d’engelures suintantes et le moindre effort au fond du moteur provoquait le martyre.
Mais dans les difficultés règne toujours un peu d’humour et parfois de tendresse devant une administration par trop pesante (et pourtant nous sommes en guerre). Exemple : 5 avril 1943, les mécanos ont fait le plein d’eau, d’huile tiède et d’essence. Les moteurs sont chauds d’avoir tourné à intervalles réguliers. Arrivent les pilotes en tenue de vol. Visages mangés par la barbe, foulards crasseux passés sur un terrain où l’on se contente d’une toilette de chat. Le commandant du Groupe n’a pas le courage de leur rappeler la note de service qui prévoit qu’ils doivent se raser tous les jours.

GM et CW


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