Imprimer cette page

Marraines de guerre

Elles sont apparues en 1915, lorsqu'il est devenu évident que la guerre menaçait de s'éterniser. Les dames patronnesses de la bonne société se préoccupent alors de soutenir le moral des soldats sans famille qui, sur le front, luttent et subissent sans pouvoir espérer le réconfort d'un courrier ou d'un colis familial. Le mouvement des marraines de guerre était lancé, qui allait connaître un réel engouement populaire, avant de susciter la défiance des États-majors... C'est qu'au fil du temps, le profil des "marraines" a évolué, le devoir patriotique laissant la place à des relations plus... sentimentales, mettant à mal l'image d'Epinal du Poilu chaste, héroïque et déterminé dépeint par la propagande.

Le soldat français ne serait donc qu'un être de chair et de sang, et les marraines des aventurières demi-mondaines, en plus d'être des femmes libres écrivant à des hommes en dehors de toute surveillance... Quant au commandement, il y voit une couverture à des manoeuvres d'espionnage ennemies. Sentiment partagé par les Britanniques qui, sans barguigner, interdisent purement et simplement à leurs hommes les marraines françaises !

La nature humaine étant ce qu'elle est, ni le commandement ni les moralistes ne parviennent à venir à bout du phénomène qui renaîtra d'ailleurs en 1939. Il n'en reste pas moins qu'au delà de l'imagerie populaire, le soutien à nos soldats est bel et bien une condition de la cohésion nationale, à l'heure où certes, les militaires français ne subissent plus les assauts des poux et des canons allemands dans les tranchées boueuses de la ligne des Vosges, mais sont malgré tout déployés sur tout le territoire face à un ennemi imprévisible qui a montré, au prix de centaines de vies arrachées à des victimes civiles ces deux dernières années, toute la haine farouche qu'il porte à nos valeurs et à notre civilisation.

Marraines de guerre

Source d'inspiration littéraire

Si, sur les cartes postales officielles, la marraine de guerre est invariablement présentée comme une jeune fille au regard doux, dans un registre beaucoup moins naïf, les marraines de guerre vont inspirer les auteurs de théâtre, de chansons ou de romans populaires, comme le souligne l'étude de Jean-Yves Le Naour. « Une pièce d'Abel Hermant et André Reuze, La marraine inconnue, jouée à la salle Hoche en décembre 1916, exploite le terrain de la réunion des classes sociales en proposant une histoire qui allie le mythe du prince charmant à celui de l'unité des classes, l'affection que porte Philippe, le filleul aisé, à Renée, fille d'une femme de ménage, débouche naturellement sur le mariage. Moins aveugle sur la possibilité de surmonter les clivages, une chanson sur les amours d'un jeune poilu sans fortune et d'une riche marraine, parue dans Le Canard poilu du 19 janvier 1916, se termine tout de même par un happy end ».

Le temps passant et l'image des marraines de guerre perdant de son attrait auprès de la frange conservatrice de la population, les représentations populaires évoluent elles aussi. « Dans "L'École des marraines", la romancière Jeanne Landre se moque d'une quinquagénaire ronde et basse sur pattes qui se rattrape à distance. Ce thème de la vieille fille catastrophée par la venue du filleul en permission devient même un sujet de pièces de théâtre telles "Coeur de marraines", Son filleul ou encore Parrains-marraines. On encensait hier les marraines, on s'en moque aujourd'hui. La pièce de boulevard "Nénette a un filleul" touche le fond en présentant une femme frivole qui se réjouit de la venue de son filleul en permission avant qu'elle ne découvre qu'il s'agit d'un prêtre ! »

Extrait d’articles de Béatrice Gendron, rédactrice en chef de "La voix du Combattant", parus au N° 1822 février 2017.



La troupe de théatre et de danse "les Super Anges" du Bénin