Imprimer cette page

Les Grandes Dames de Dien Bien Phu

Il y a celles dont on ne parle jamais, dont on parlera si peu, les petites p…. des Bordels Militaires de Campagne (BMC).

Les Grandes Dames de Diem Bien Phu

La bataille de Dien Bien Phu, du 13 mars au 5 mai 1954, a fait côté français, 16000 morts, blessés et prisonniers. Elle a marqué la fin de la guerre et le retrait de la puissance coloniale française. Jacques Chirac a rendu hommage aux vétérans, aux gueules cassées et à Geneviève de Galard, infirmière-chef du camp retranché, qui tiendra jusqu'au bout pour s'occuper des blessés et des agonisants…

Geneviève de Galard était-elle seule ?

L'hommage rendu aux combattants a pudiquement passé sous silence celles qui l'aidèrent : les pensionnaires des BMC installés par l'Armée Française, Maghrébines ou Annamites, ces très grandes dames furent, au dire des survivants, admirables de courage, bravant le feu et la mitraille pour venir au secours des soldats. Aucune n'a survécu.

Lors de la chute du camp de Dien Bien Phu, la plupart ont été prisonnières du Vietminh. Les unes d'origine Vietnamienne, ont été exécutées. Les autres ont été victimes des mauvais traitements de leurs geoliers. Les Algériennes ont été libérées, tout au moins celles qui ont survécu au siège, puis à la longue marche et à la détention.

Aujourd'hui, aux yeux de certains, elles ne sont pas présentables. La morale est sauve.

Un journaliste, Alain Sanders, rencontrant des années plus tard, le docteur Grauwin, mèdecin-chef du camp, lui demande s'il a connu le sort des prostituées du BMC de la Légion, les Vietnamiennes donc, dont plus personne n'a entendu parler. Réponse : «Ces filles étaient des soldats. De vrais soldats. Elles se sont conduites de façon remarquable. Tous mes blessés, mes amputés, mes opérés du ventre étaient à l’abri dans des trous souterrains. Et il fallait qu’ils pissent, qu’ils fassent leurs besoins, qu’ils fassent un peu de toilette. Ce sont ces femmes, ces prostituées transformées en "anges de la miséricorde", qui m’ont aidé, qui ont permis à nos blessés de supporter leurs misères. Elles ont fait boire, manger, espérer contre toute espérance».

De la suite de leur agonie, il n’y a plus de témoins directs, simplement le récit que Grauwin a recueilli plus tard, parce qu’un commissaire politique, dans un camp, a parlé de ces femmes à un prisonnier :

«Pourquoi un commando de femmes contre nous ?

Il n’y avait pas de tel commando !

Si, elles nous ont tiré dessus ! »

Ainsi donc, les filles du BMC, infirmières au plus fort de la tragédie, auraient-elles aussi pris les armes lorsqu’elles n’ont plus eu d’espérance à offrir.

Grauwin sait qu’elles ont été rossées, tabassées, affamées. Elles n’ont cessé de crier à leurs bourreaux qu’elles étaient Françaises jusqu’à l’instant où elles ont reçu, l’une après l’aure, une balle dans la nuque.

Les femmes Vietnamiennes présentes dans la vallée, sur les centres de résistance "Béatrice" et "Gabrielle" avaient installé des BMC. Celui de "Béatrice" tenu par un bataillon de la 13 ème DBLE était constitué d'une quinzaine de prostituées Vietnamiennes.

Celui de "Gabrielle”, tenu par un bataillon de tirailleurs Algériens, par de jeunes Nord-africaines. Lorsque "Gabrielle" a été attaquée, le chef de bataillon Pégeot, qui commandait la position, a ordonné aux femmes de rejoindre le centre du camp, pour les soustraire aux combats.

Lorsqu'elles parvinrent au réduit central, le colonel de Castrie leur ordonna de prendre le prochain avión qui décollerait pour Hanoï. Elles refusèrent toutes et réclamèrent de demeurer au service des soldats Français comme aides-soignantes, lavandières, cuisinières ou porteuses de colis.

Elles restèrent donc jusqu'à la fin de la bataille, déployèrent des trésors de dévouement, auprès des blessés notamment. Vers la fin, elles se transformèrent en infirmières de fortune.

Avec dévouement, elles ont tenu les mains d'agonisants, elles ont rafraîchi des fronts d'hommes, elles ont lavé des blessés qui chiaient sur eux, elles ont recueilli les confidences de types qui appelaient leurs mères, elles ont changé les pansements puants.

Les Asiatiques et même les autres auraient pu déserter et se refaire une vie en face en expliquant que ces fumiers de Français les avaient arnaquées. Quel soldat de Dien Bien Phu aurait tiré sur une Nana courant les mains en l'air vers les lignes Viets ? Aucun ! Mais, elles ne l'ont pas fait !

À la chute du camp retranché, elles furent capturées par les soldats Vietminh et envoyées en camp de détention où nul n'entendit plus jamais parler d'elles. Il en fut de même des prostituées Nord-africaines.

Article de Michel Mathieu, Président de l'ARM 70, paru sur "Solidarité Militaire" N° 716, extrait de la Bibliographie du contrôleur Général des Armées Philippe de Malleissye.


Page précédente : Musique des forces aériennes de Bordeaux
Page suivante : 11 Novembre 2016


La troupe de théatre et de danse "les Super Anges" du Bénin