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Le jour où l'Arme Aérienne est née...

En 1914, l'aviation a beaucoup de détracteurs et reste cantonnée à des missions de renseignement et de réglages des tirs d'artillerie. Le général Foch parle même de «sport à risque, sans grande utilité militaire». Seuls quelques officiers pensent le contraire et soutiennent les thèses de Clément Ader, développées dans son livre de 1909 "L'aviation militaire", qui démontrent que l'aviation sera un outil décisif pour les militaires. La journée du 5 octobre 1914 va donner raison au père de l'aviation et faire taire les détracteurs.

Premier combat aérienÀ la déclaration de la guerre, l'escadrille V-24, aux ordres du capitaine Faure est positionnée à Villers-Semeuse près de Charleville-Mézières avec ses biplans Voisin type III. Avec leurs moteurs Salmson de 130 CV, ils atteignent péniblement les 110 km/h et sont loin d'être taillés pour poursuivre d'éventuels ennemis. Pourtant un de ses équipages parmi les plus audacieux, le sergent pilote Joseph Frantz, 24 ans, et le mécanicien Louis Quénault, 22 ans, harcèlent leur hiérarchie pour équiper les Voisin d'une mitrailleuse. Le capitaine Faure cède et Gabriel Voisin, constructeur de l'avion, vient sur le terrain le 18 août pour équiper l'escadrille de mitrailleuses sur trépied Hotchkiss de 7,7 mm.
Le 5 octobre 1914, Frantz et Quénault reviennent d'un bombardement, un jeté par-dessus bord d'obus de 90, sur des ennemis derrière le fort de Brimont près de Reims. Le Voisin n°89 passe à 2000 mètres au-dessus de Reims et l'équipage scrute le ciel pour débusquer un ennemi et engager le feu de sa mitrailleuse.
Alors qu'ils allaient rentrer, Frantz sursaute et aperçoit une tache blanche sous leur avion. Illusion d'optique ? Non c'est un biplan, un Aviatik allemand. Frantz alerte Quénault et manoeuvre pour se retrouver derrière lui. Il passe en piqué et frôle les 130 km/h. La distance chute à moins de 100 mètres. Le pilote allemand vire sec à gauche, mais Frantz avait anticipé. Altitude 1900 mètres, distance 50 mètres, Quénault se met à genoux sur son siège et la Hotchkiss crache ses premières balles au coup par coup car en rafale les incidents de tir sont fréquents. L'Aviatik pique, vire vers la vallée de la Vesle mais Frantz ne lâche pas sa proie. Les deux avions survolent Jonchery-sur-Vesles et à la 46e cartouche la mitrailleuse s'enraye. Alors que Quénault, dépité, démonte la culasse mobile pour essayer de réarmer, l'équipage français reste bouche bée en voyant l'Aviatik se cabrer, basculer sur le dos, descendre en grandes arabesques et s'écraser. Les marais de Jonchery-sur-VesIe servent de linceul au pilote Wilhem Schlichting et à l'observateur Fritz von Zangen. Le Voisin se pose à proximité, les Français découvrent les corps calcinés qui reposeront au cimetière allemand de Loivre.
Ce combat a été suivi par des milliers de fantassins, cavaliers qui sont sortis de leurs abris ou tranchées pour suivre ce duel aérien. Le général Franchet d'Espérey est un des premiers sur les lieux et félicite chaleureusement les héros du jour. Pour la première fois dans l'histoire, un aéroplane en a abattu un autre ouvrant ainsi la voie à la chasse et aux As que seront René Fonck (75 victoires), Georges Guynemer (54), Charles Nungesser (43), Georges Madon (41)...
Début 1915 le commandant Charles de Tricornot de Rose organise l'aviation de chasse, tandis que son homologue Gôys de Mezeyrac développe le bombardement.
La reconnaissance devient une composante à part entière avec le développement d'avions spécifiques, d'appareils photos à longues focales et d'équipements de vision nocturne. Les constructeurs rivalisent d'ingéniosité pour développer des aéronefs de plus en plus rapides, plus maniables, des mitrailleuses tirant à travers l'hélice, de nouveaux instruments...
En 1918 la France est la première aviation militaire au monde, disposant de 1500 avions (130 en 1914). Elle aura formé 16500 pilotes, 2000 observateurs, aura acquis une expérience exceptionnelle et déplorera la perte de 5500 pilotes ou observateurs pendant le conflit. Nul doute que cet exploit aura une incidence majeure sur la reconnaissance de l'arme aérienne et la création, en 1934, de l'Armée de l'Air.

Article de Denis Giacomazzi, UNC-85. (La Voix du Combattant N°1818).

l'arme aérienne

Biplans Voisin type III
Bombardier et avion d'attaque au sol.
Vitesse maxi : 105/113 km/h. Plafond 3500/6000 m.
800 avions de ce type ont été construits entre 1914 et 1918.
Moteurs en étoile Salmon de 120 et 150 ch refroidis par eau.
Envergure 14,74 m pour un poids de 950 kg à vide et 1350 kg chargé.
Emport : entre 50 et 160 kg de bombes. Rayon d'action 200 km maxi.
Armement : 1 à 2 mitrailleuses Hotchkiss 7,7 mm ou 1 canon de 37 mm.


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