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La Légion Étrangère : une Grande Famille !

Lors du Noël 2018, l’Amicale des Anciens de la Légion Étrangère (A.A.L.E.) de Parentis en Born fêtait le Noël, selon la tradition de la "Légion", mais aussi, le centième anniversaire de la fin de la Grande Guerre. L'évocation d'une crèche des tranchées avait été reconstituée. Décor, son et commentaires contribuaient à l’hommage. On mesurait là le respect du légionnaire pour le courage du soldat au combat, et ici, celui du Poilu.
J'avais été invité à cette fête qui s'est déroulée, dans une ambiance chaleureuse, en salle d’honneur du Siège de l’Amicale, véritable musée que je vous conseille de visiter à l'occasion. J'y ai découvert  également, que notre "amicaliste" Willy Chiale était "Béret Vert" à la Légion Etrangère. Lui, un ancien fusilier-commando de l'Air ? Comment se faisait-il ?... Willy est toujours très discret sur ses activités passées, sauf, peut être, lors de rares discussions entre deux ou trois amis. Pour le moins étonné, j’ai voulu en savoir plus et avec l'aide de Patricia, notre secrétaire générale, nous lui avons demandé « Peux-tu nous parler des éléments qui ont conduit au port de ce très prestigieux "Béret Vert" ? Peux-tu aussi nous parler de la Légion ? » De fil en aiguille et ça n’a pas été tout seul, Willy a bien voulu nous "entrouvrir" son livre aux souvenirs . « Une petite histoire dans la grande Histoire » nous dit-il. Petite ?... À vous d’en juger ! Car Patricia et moi lui laissons maintenant la parole. Merci Willy, pour avoir écrit une des plus belles pages de notre journal.

Georges Billa

 

« Oui j’ai droit au béret vert qui est un signe d’appartenance à la Légion étrangère. C’est un cadeau et une récompense. J’en suis fier et je n’ai pour cela aucune modestie !
Il m’a été remis officiellement lors d’une Assemblée Générale régionale par le Président de l’AALE, en présence du Préfet de la région Nouvelle Aquitaine et du général Cardinal délégué régional de la FSALE (Fédération des Sociétés d'Anciens de la Légion Etrangère) qui a précisé « ...vous y avez droit. »

Mon Père

Il faudrait des heures pour narrer le passé de ma famille. Mon père est d’origine italienne, de la zone des "petits savoyards, les ramoneurs" qui, au cours des siècles, ont été tantôt italiens, tantôt français. Il arrive en France à l’âge de 5 ans, il est confié à des religieuses. Puis, en 1914, il a 7 ans, il tricote des chaussettes pour les Poilus dans les tranchées. Il signe son contrat d’engagement dans la Légion Etrangère en 1926. Ce sont alors des combats célèbres contre les Schleus (dissidents montagnards marocains).
En 1934, il appartient au 3ème REI (Régiment Etranger d’Infanterie) et il est naturalisé français sur sa demande. Période trouble de 39/40, il est Adjudant au 6ème Régiment Etranger en Syrie après avoir obtenu la croix de guerre des TOE (Théâtre d’Opérations Extérieures) et le grade de chevalier du Ouissam Alaouite au Maroc. Il a 15 ans de bons et loyaux services quand il est mis en congé d’armistice en 1941, après des engagements contre les Anglais et les Australiens, en Syrie.
Novembre 1942 : Débarquement américain à Oran, il rengage dans l’Armée de Terre. Il fait campagne contre les Allemands (Tunisie, Sicile, Italie, France, Allemagne), il est adjudant-chef en 1943, obtient une citation en Italie, la médaille militaire en 1945. Il refuse trois fois de signer un mémoire de proposition pour passer officier : il me dira très souvent « il vaut mieux être grand chez les petits que petit chez les grands ». Après l’Allemagne, retour au Maroc, puis enfin retour en France.
Une boutade : pendant la campagne d’Italie, pour les Italiens, mon père était insoumis ! Mais il fera 35 ans au service de SA Patrie, la France.
En 1935, il était devenu père d’un garçon, Willy, qui naquit, français au camp de la Légion Etrangère de Fez (Maroc) : c'est un légionnaire infirmier qui accoucha ma mère biologique.

Enfant de troupe

Dès l’âge de 2 ans, j'ai eu l'enseignement préparatoire à l'admission à la qualité d'Enfant de Troupe dans la famille Légion. En 1939 à l’âge de 4 ans, je suis, alors, admis et immatriculé au 3ème Régiment Étranger d’Infanterie sous le n° 22 ! (eh oui ! un matricule Légion).
Les Enfants de Troupe ont été institués par Louis XV, mais c’est l’arrêté du 26 juillet 1800, signé par Napoléon, alors premier consul, qui est considéré comme l’acte de baptême.
Le 30 avril 2010, lors des cérémonies commémoratives de Camerone à la "maison mère", les AET (Anciens Enfants de Troupe) ont été honorés du titre de "frères d’armes" de la Légion Etrangère.
Quelques enfants de troupe célèbres : le tambour d’Arcole André Estienne a 19 ans, Bara Joseph tambour mort à 14 ans, Viala Joseph tué à l’âge de 12 ans, Bayle Pierre tombé au champ d’honneur en 1794, en Espagne, à l'âge de 11 ans, Frolut surnommé Bilboquet, tambour de 10 ans (1812), etc.
Les conditions à remplir pour acquérir la qualité d'Enfant de Troupe (ET) dans la famille, resteront en vigueur jusqu'en 1947. Il fallait avoir plus de 2 ans et moins de 12 ans au 1er août de l'année d'admission et être fils de militaire de carrière ou ayant accompli plus de cinq ans au-delà de la durée légale du service.
Les unités avaient droit à un ET par Régiment.

Fils d’immigré

Je suis donc un fils d’immigré : avec mon père nous avons donné 75 ans de services militaires et le sang versé à notre patrie la France, avec "Honneur et Fidélité". Dès mon enfance, ma famille et les légionnaires qui m’entouraient ont essayé de me donner un esprit Légion : ils me parrainaient au vrai sens du terme.
Il m’a été enseigné les valeurs du métier militaire, l’obéissance, des valeurs collectives d’autorité et de respect des anciens, le sens du devoir, l’honneur, la fidélité, la fraternité. Mais aussi la politesse, l’exigence dans le dépassement de soi-même, la discipline, les matières militaires, le sens de l’amitié, de la camaraderie, les traditions et bien d’autres choses dont le respect du drapeau national français : oui, c’est un peu tout cela la Légion, ce sont toutes ces valeurs et notions qui paraissent un peu désuètes de nos jours. Dès l’âge de 7 ans, j’ai appris à tirer à la carabine, à 12 ans au fusil (MAS 45, une copie du fusil Mauser), au pistolet (colt 45 et Lüger) en Allemagne.

Maman

Bien sûr, mes parents ont veillé de très près à l’enseignement que je devais recevoir : mon père (quand il peut être là) avec bienveillance, rigueur et grande sévérité, ma tante (la soeur de ma mère biologique) qui m’a recueilli alors que j’avais à peine deux ans. Elle devint et fut, pour toujours, ma vraie Maman, une femme merveilleuse ; oui les fées existent car, imaginez, une femme de 19 ans, non mariée, qui s’occupe d’un enfant de deux ans qui n'est pas le sien… Elle devait avoir un caractère sacrément trempé pour subir, la tête haute, les regards des gens qui ont dû la considérer, très souvent, comme une fille-mère (c’était une autre façon de voir la vie par rapport à nos jours). Elle m’a élevé et éduqué comme son propre fils, le seul enfant qu’elle a pu avoir : une maîtresse-femme qui m’a tout appris, y compris à lire et écrire, elle qui, pour tout diplôme, avait son Certificat d’Etudes. Quels sacrifices et quelle dose d’Amour ? Elle est ma vraie Maman : celle du coeur !
Elle eut un dévouement absolument exemplaire à croire qu’elle avait épousé la Légion. Elle s’occupera de moi quand mon père sera en Syrie, me ramènera en France en 1939, me protègera pendant la retraite en 1940, depuis Baume-les-Dames jusqu’à Marseille : les Allemands nous avaient rattrapés à Lyon, après nous avoir mitraillés plusieurs fois (c’est dans ces occasions que j’appellerai ma tatie, pour la première fois, Maman).
Nous errions à pied, à cheval, en char à bancs, en train. Nous prendrons un des derniers bateaux partant pour l’Algérie. Grâce à moi ou… à cause de moi, mon père épousera ma mère adoptive en Allemagne. Tout cela fera de moi un passionné, idéaliste, détestant l’injustice et l’intolérance : j’entrerai dans l’Armée par vocation et non par obligation.

Mon engagement.

Et puis, j’aurais pu alors m’engager dans la Légion Etrangère,mais, concours de circonstance… je fais de la Préparation Militaire au Maroc encadrée par des Légionnaires et des Parachutistes. J’obtiens un brevet de parachutiste en 1953, des certificats "Armée de Terre" de tireur d’élite, de combattant d’élite, le CIA (Certificat Interarmes), un peu tous les permis, une préparation aux engins blindés. J’ai aussi appris à tirer au canon de 37 mm avec réducteur sur AM8 (Auto Mitrailleuse de Reconnaissance) avec les légionnaires du 2ème REC (Régiment Etranger de Cavalerie). En 1954, lors de sauts d’entretien, avec mes camarades paras, nous pleurerons de rage lors de la chute de Dien Bien Phu.
Plus tard, dans les environs de Colomb-Béchar, étant dans un Bataillon de Fusiliers de l’Armée de l’Air (le BFA 06/541), notre ami-trésorier Henri Lebraud y était aussi. J’ai eu l’occasion de travailler avec la 4ème CSPL (Compagnie Saharienne Portée de Légion étrangère) et ce sont mes amis de la 4 qui, étant au courant de mes origines "Légion", me dépanneront souvent en vêtements, fil électrique, piles pour postes SCR300, etc.
C’est la fin de la guerre en Indochine. Nous venons de redonner le Maroc au Sultan. C’est la guerre en Algérie, je demande les "Parachutistes"… Le sort me poursuit : je me retrouve en 1956, à 21 ans, appelé dans… "l’Armée de l’Air" avec le grade d’aspirant de réserve. Une seule spécialité m’intéresse : fusilier de
l’Air, pour laquelle je me porte volontaire, au grand dam des orienteurs qui me voyaient fait pour le contrôle sous terre ou en tour.
La suite… Mourmelon, la guerre d’Algérie pendant 5 ans ½ pleins d’aventures, de riches expériences et de camarades perdus. Puis… Je me trouve bien dans l’Armée de l’Air, j’y reste : je rengage comme sergent d’active breveté supérieur fusilier (cas unique dans l’Armée de l’Air), rate le concours officier de Salon de Provence, réussit celui d’Officier Technicien fusilier de l’Air (pendant mes deux stages, je vais être plus instructeur qu’élève), je vais faire quantité de "choses intéressantes", je vais former nombre d’élèves y compris pendant huit ans les futurs officiers de l’Armée de l’Air algérienne, créer un livre de combat pour les
instructeurs, créer et fabriquer les premiers tests à embranchement utilisés par l’Armée de l’Air. Et puis… J’aurai donc passé 40 ans dans les fusiliers et fusiliers commandos, obtenu quatre brevets parachutistes, un certificat d’instructeur parachutiste au sol et effectué un peu plus de 200 sauts en parachute dont plus de 150 à ouverture commandée ou retardée. J’aurai aussi formé quelques centaines de parachutistes et plusieurs milliers de tireurs.
Pendant toutes ces années, j’aurai été fidèle à célébrer et arroser "Camerone" le 30 avril, à la grande surprise des personnels qui m’entouraient, mais sans, toujours, leur dire la raison profonde et exacte de mon attachement Légion, cela était mon jardin secret. Il a fallu Jo et Patricia pour qu’aujourd’hui, je me lâche un peu...

La Légion, mes racines profondes...

Voilà… j’avais sept ans, quand à Oran, le caporal-chef Bialace de la Légion, passant à la maison et me voyant en train de jouer avec des soldats de plomb me fit remarquer que je ne mettais pas en bonnes positions mon fusil-mitrailleur, mon tireur au mortier et leurs servants : il avait eu un bras arraché par un obus de mortier pendant la campagne de Syrie. Cela s’incruste dans l’esprit, oui sept ans, vous avez bien lu ; cela faisait partie de mon éducation : je venais d’assister, aux premières loges, au débarquement des américains en Afrique du Nord le 8 novembre 1942 (opération Torch), la mer était noire de bateaux équipés de leurs "saucisses", çà tirait de partout...


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