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Connaissiez-vous la « Force Jaune » ?

Dans le cimetière de Cazaux, se trouvent, actuellement, quelques tombes d'hommes "Morts pour la France" (MPLF) durant les conflits du XXème siècle. Entretenues, ou suivies, par le Comité Georges Clémenceau du Souvenir Français de La Teste de Buch et les Services Municipaux de la commune, on y compte :
- un carré militaire de regroupement de douze MPLF, dont un "civil",
- une tombe collective avec huit "civils" tués lors de déminages à Cazaux,
- cinq corps "militaires" sont en caveau privé.

Récemment avec Henri Salmide, nous avons évoqué une belle histoire d'amour, d'amour des Hommes, sur fond de guerre. Cette fois-ci, nous voudrions aussi vous parler d'amour, d'amour de la France, des Hommes, même s'il s'agit, en partie, d'une histoire triste et sordide.

Avec la création d'un carré militaire de regroupement, dans le cimetière de Cazaux, un certain nombre de tombes réparties dans l'ensemble du cimetière ont disparu. Aussi, ceux qui il y a quelque temps, ont franchi ce lieu de repos, ont pu voir alors une tombe isolée, avec une stèle de type musulman comportant une cocarde du Souvenir Français et une toute petite plaque métallique, toute simple, avec un nom : NGUENVANLOI 07.02.1948.

Forces Jaunes

Quel est donc ce personnage, enterré en ce lieu et qui repose maintenant dans le carré militaire ? Pour répondre et "faire court", il s'agit d'un "civil" au milieu de camarades tous "soldats" car, il faut préciser, que de tout temps, de nombreux étrangers ont participé, sous une forme ou une autre, aux guerres menées par la France.

Évoquons la guerre de 1939/1945. On parle souvent de la "Force Noire", mais très rarement de la "Force Jaune".

Près de vingt mille "Travailleurs Indochinois" sont venus en France, entre 1939 et 1945, pour suppléer, dans les usines de guerre "et ailleurs" (les industries, reconstructions, hôpitaux, déminages ...) la main d'oeuvre mobilisée ou absente. Ce sont des supplétifs. On va les appeler des ONS (Ouvriers non spécialisés) : ce sont des Linh Tuo. Ils servent à des tâches non militaires.

Après la guerre, une petite partie d'entre eux (mille environ) va faire souche en France et s'intégrer sans heurts. Les autres retourneront au pays, les derniers en 1952.

NGUYEN Van Loi faisait partie d'un contingent de trois cents travailleurs Indochinois qui se trouvaient résidents dans des baraquements à Cazaux, rue Edmond Doré vers le n° 26.

Il arrive à Cazaux en 1945, à l'âge de 24 ans. C'est un Annamite, on pense, de confession musulmane. Certains ONS sont bouddhistes, catholiques...

C'est un homme de petite taille, très sympathique, travailleur, courtois et toujours souriant, dont les personnes d'un certain âge, de Cazaux, se souviennent très bien, à cause de sa gentillesse. Il a des idées profrançaises. Pour tout cela, il devient l'ordonnance des trois Officiers français qui dirigent le camp, rend service et se fait aimer de la population, il va même fréquenter une jeune fille du village.

Mais jalousie et politique se mêlent. Les travailleurs Indochinois sont divisés en deux camps : les profrançais et ceux qui rêvent déjà d'indépendance, partisans de la mouvance politique d'HO Chi Minh. Trop français, cela va lui coûter la vie.

En effet, Il est assassiné par ses camarades le 7 février 1948. Il a "droit" à un supplice chinois : il est ligoté, assommé, enterré dans un marais aux environs de l'emplacement de l'actuelle station de récupération du pétrole. Quatorze individus participent à cet assassinat et l'un d'entre eux signale au commandant du camp français que la victime a déserté.

Ayant des doutes sur la réalité de la désertion, la Police Judiciaire et la Compagnie Républicaine de Sécurité de Bordeaux font alors une enquête.

Le 3 juillet 1948, son corps, entouré de fil de fer barbelé et enroulé dans une couverture, est découvert dans d'anciennes feuillées du camp.

Le motif réel de cette suppression se trouve donc dans les sentiments francophiles trop hautement démontrés par la victime.

Compte tenu de cet état de fait et des problèmes de rapatriement du corps en terre d'Annam, le Souvenir Français a pris, en charge, l'entretien de sa tombe.

Les assassins, quant à eux, ont tous été identifiés et arrêtés.

C'est grâce à un descendant de ces ONS et aux recherches entreprises, que nous en savons donc maintenant, un peu plus sur NGUYEN Van Loi.

Nous pensons que tous les Indochinois de la "Force Jaune" doivent bénéficier de notre gratitude, quelles que furent leurs appartenances politiques.

Nous avons envers eux un devoir de mémoire.
Ils y ont droit pour les services rendus à notre Patrie.


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