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L'Oiseau Blanc

L'Oiseau Blanc

Le 8 mai 1927, Charles Nungesser et François Coli décollent du Bourget à destination de New York, à bord de L'Oiseau Blanc, un biplan Levasseur à moteur Lorraine de 450 cv (seulement la puissance du moteur du Broussard !!!).
Nungesser avait en 14/18 totalisé 43 duels aériens. Après la guerre, malgré de nombreux accidents, et un état de santé inquiétant qui lui valent de nombreux séjours à l’hôpital, il trouve le courage de piloter à nouveau. En 1927, à 35 ans, il se lance le projet fou de traverser l’Atlantique en avion en reliant Paris à New York avec François Coli, son mécanicien.
Ils n'atteindront jamais New York. L'hypothèse officielle voudrait que l'avion se soit abîmé en mer du fait d'une violente tempête ou du manque de carburant. Selon Bernard Decré, nos aviateurs auraient pu être abattus vers Terre Neuve, par des trafiquants d'alcool ou des garde-côtes américains, car Saint-Pierre était alors un haut lieu de la contrebande vers les États-Unis soumis à l'époque à la Prohibition. Nous lui laissons la parole.
« La vérité sur la disparition de L'Oiseau Blanc. L’avion de nos héros est parti le 8 mai 1927 à 5H20 du Bourget, Il a été vu près de Cowes en Angleterre, puis en Irlande, et à Harbour Grace à Terre Neuve, vers 9h le matin, après avoir lutté toute la nuit contre du très mauvais temps, pluie et neige fondue, les obligeant à longer les côtes Est de Terre Neuve, du nord au sud. Ils durent se guider sur les brisants, ayant effectué 33 heures de vol depuis leur départ du Bourget.
Ils descendirent alors plein sud jusqu’au phare de Cap Race, (où les écrits du mois de mai ont mystérieusement disparu du livre de bord du phare !...). Comme ils n’avaient pas de radio, la seule façon de se faire reconnaître était de tourner autour des bateaux qui eux pouvaient envoyer des informations... À la pointe sud de Terre Neuve, il se fit ainsi reconnaître par le trois mâts Danois l’Albert, puis par un bateau gris : l’US Coast Guard Modoc (nous avons pu trouver sur son livre de bord, le texte relatant ses activités ce jour là, le 9, est retapé à la machine, donc "revu et corrigé" par le Commandant ! Une demie heure plus tard il a été vu par M. Doley dans Ste Mary’s Bay à St Joseph, qui déclare « qu’il avait une fumée blanche derrière lui »...ce n’est pas le feu mais de la vapeur d’eau… Un tir du "bateau gris" l’aurait-il atteint ?... Il faut aussi savoir que le Cdt du Modoc a été averti par radio du passage possible de l’avion français par le Sénateur Hamilton Fish, mécène et concurrent de la traversée de l’Atlantique, avec l’avion américain "Bellanca" baptisé "Columbia".
Nous avons les copies des télégrammes. Ce sénateur veut être le successeur du Président Coolidge, il l’a dit au Sénat, et on peut imaginer que si son avion gagnait ce New York-Paris, cela l’aiderait fortement pour sa course à la Présidence. "América must be first" ! (L’Amérique d’abord...).
Puis après ces tirs, L’Oiseau Blanc a survolé la presqu’île de Burin : des chasseurs l’ont vu... À plus de 36 heures de vol, il ne reste plus que 2 heures de vol possibles, étant parti avec 3800 litres et consommant environ 100 litres à l’heure...
Entre la presqu’île de Burin et Saint-Pierre et Miquelon, ils survolent également une goélette faisant de la contrebande. Ce navire lui tire aussi dessus..., le prenant pour l’un des cinq hydravions biplan Loëning des US Coast Guards !...
En mauvais état, avion et équipage, ils vont essayer de se positionner dans le Suet de Saint-Pierre pour se poser à l’est du phare de Galantry, à 2 ou 3 mn de l’entrée du port. Il devait y avoir quelques bancs de brouillard comme l’indiquait le pêcheur Pierre-Marie Le Chevalier alors en pêche dans ce secteur sur son doris à moteur, qui a parfaitement entendu le crash de l’avion, son Labrador a hurlé à la mort... il a même entendu des appels au secours. Il a donc vite remonté son grappin et a cherché, dans un brouillard épais, s’il pouvait porter secours, allant dans la direction du crash… En vain.
L’avion s’est mal posé sur l’eau, avec le moteur en marche. Il aurait fallu le couper et mettre l’hélice en croix… ce qui me fait penser que l’un des deux pilotes agonisait ou était mort à ses côtés, ce qui aurait bien compliqué la tâche du pilote survivant...
Dans ce mauvais amerrissage, les ailes se sont dissociées du fuselage, elles ont flotté et ont été emportées par le courant du Labrador... Le fuselage, dont les réservoirs vides servirent momentanément de flotteurs, s’est enfoncé progressivement entre deux eaux. Les pauvres pilotes, après avoir appelé au secours, épuisés, sont morts de froid et se sont noyés... à quelques encablures des îles françaises.
Un navire de commerce, le "Belle Pline", en provenance d’Europe et allant à Boston croisa le 17 mai au soir au niveau de Sable Islands, des morceaux d’ailes blanches, il hésita pour les remonter, mais il était tard... Il signalera cette découverte le 19 mai aux US Coast Guards de District One à Boston qui enverront aussitôt trois vedettes rapides les CG 230, 245 et 290, qui les retrouvèrent le 23 mai, et les remontèrent à bord ("CG 290 tried up the pieces of Wings, with M. Crowley on board…").
Nous pouvons dire qu’il y a donc eu "une bavure" de la part de nos amis américains avec les tirs du Modoc, il fallait l’effacer, l’oublier... Un accord a dû se passer entre nos gouvernants pour dire « qu’ils étaient tombés en Manche »... De fausses pistes ont même été échafaudées pour dire que des pêcheurs avaient vu l’avion sombrer après Etretat. Cela ne tenait pas la route...
Nous avons aussi retrouvé à la bibliothèque François Mitterrand à Paris un article d’une revue sur la rencontre des représentants des gouvernements Franco-Américains à Washington le 15 octobre 1931 où notre délégation rencontra les autorités américaines pour parler de la dette de guerre 14/18… En effet nous devions régler aux USA une somme assez considérable pour leur aide… Ils furent reçus par de nombreux officiels dont le sénateur Hamilton Fish Jr III qui, lors d’une discussion, proposa aux responsables français de leur céder les Antilles, la Guyane et Clipperton, sans doute contre une réduction de la dette. Ce à quoi le chef de notre délégation lui aurait répondu vertement que s’ils continuaient leurs négociations dans cet esprit et avec de telles propositions, ils officialiseraient le fait "que les américains auraient abattu L’Oiseau Blanc" .
Plus récemment, fin 1959, un pêcheur de homards M MacVane découvrit dans ses lignes de casiers à homards, près de Portland Maine, des morceaux d’avion peint en blanc, avec des rivets en système métrique et non en système anglo-saxon. Ils ont été remis par le consul de France à Boston à la valise diplomatique de Washington puis expédiés à Paris. Confiés à une "commission d’experts". Les conclusions, anormalement trop rapides, sur ce métal diront qu’il ne "venait pas de chez Levasseur"... En 2013 nous avons pu retrouver le responsable de cette enquête, un polytechnicien âgé, qui nous a répété que "ces morceaux ne venaient pas de L’Oiseau Blanc". Sa femme, qui préparait un petit café dans la cuisine à côté et qui suivait la conversation dit : "Mon chéri, c’est ce qu’on t'a dit de dire ! … Et oui ! De plus, le hangar du Bourget, où ces pièces étaient conservées, a brûlé depuis…
Bien entendu, on fit tout pour "oublier" totalement nos héros en les déclarant "tombés en Manche ou en Atlantique"… et cela a marché jusqu'aux résultats de notre enquête, qui ont été récompensés à Rotterdam lors des 109ème assises de la Fédération Aéronautique Internationale par le prestigieux Trophée Tissandier.
Il est aussi très curieux de comptabiliser les fréquents "effacements de traces". Mais quand vous voulez effacer des traces vous laissez des traces ! Il y a eu aussi des recherches montées par deux associations américaines fort connues : Tighar et Numa autour du Round Lake et aussi à Terre Neuve sur un avion qui y serait tombé... Retenons qu’il y a peut être effectivement eu un avion qui serait tombé, mais il serait américain. Allait-il à la rencontre de L’Oiseau Blanc ? Sa position et l’heure de son passage ayant été signalées par le phare de Cap Race. Un argument important : L’Oiseau Blanc est arrivé à Saint-Pierre et Miquelon ayant fait déjà 36 heures de vol, l'équipage n’allait pas se risquer dans le brouillard pour 2 heures de vols supplémentaires : l'avion ne pouvait pas aller plus loin.
Il est incroyable qu’aucun expert, aucune des associations précitées n’aient fait allusion à ce "nid de guêpes" qu’était, dans ces années là, notre archipel : le plus gros entrepôt d’alcool fournissant les Etats-Unis en pleine Prohibition. On peut dire aujourd’hui qu’il est clair que les acteurs de la prohibition furent les vrais responsables de la "disparition" de L’Oiseau Blanc, et que Nungesser et Coli ont bien traversé les premiers l’Atlantique d’est en ouest les 8 et 9 mai 1927. »

 Bernard Decré 10 février 2018

Statue à l'aéroport du Bourget

Musée Nungesser et Coli, Étretat