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Jeannette Guyot

Le "Souvenir français", l'Association de Soutien à l’Armée Française et la "Voix du combattant" ont relaté récemment le portrait du lieutenant Jeannette Guyot, grande héroïne de la Résistance (Guerre 39/45). Elle nous a quittés à l'âge de 97 ans. Elle a fait son "dernier saut" le 10 avril 2016 dans la plus grande discrétion. La presse anglaise lui consacra cependant une page entière dans le Times et le Daily Telegraph. 
Agent d’abord du colonel Rémy, (l'un des résistants français les plus connus), "Passeuse", devenue agent de liaison chargée de transmettre des informations en zone libre, elle aura consacré toute sa jeunesse au service de la France.

Jeannette Guyot

Née le 26 février 1919 à Chalons-sur-Saône, (Saône-et- Loire), jeune et jolie, Jeannette Guyot rejoint les rangs de la Résistance. Elle a 20 ans. Jusqu’en août 1941, elle est membre du réseau Amarante rattaché au Bureau Central de Renseignements et d’Action (BCRA) de la France Libre. Elle fait passer agents, enfants, femmes et hommes en zone sud.
En septembre 1941, Jeannette Guyot rencontre le colonel Rémy (Gilbert Renault), chef du réseau "Confrérie Notre-Dame", basé à Paris. Elle devient agent de liaison et transmet des renseignements en zone sud, en poursuivant ses activités de "passeuse".
En février 1942, elle est arrêtée et emprisonnée pendant trois mois à Châlons-sur-Saône. Torturée, elle garde le silence. Ne retenant aucune charge contre elle, les Allemands la libèrent.
A Lyon, elle collecte du renseignement, participe aux actions de sabotage et aide les aviateurs alliés abattus à regagner l’Angleterre. Le 11 novembre 1942 la zone sud est envahie, la Gestapo resserre son étau. Elle est exfiltrée en Angleterre dans la nuit du 13 mai 1943 : poursuivie par les Allemands, la porte de l'avion ("Lysander" de la Royal Air Force), s’ouvre. Elle monte in extremis. Les balles allemandes sifflent dans son dos...
Elle est formée aux techniques du renseignement, par des instructeurs anglais et américains, pour le plan Sussex dont la finalité est de collecter les informations sur l’ordre de bataille allemand afin de préparer le débarquement allié en Normandie.
En janvier 1944, Jeannette Guyot parachutée en bord de Loire trouve des caches pour les agents "Sussex" et repère des zones de largage possibles. À Paris, elle cache son opérateur radio, à deux pas de la… Gestapo. Voici ce qu’écrit le colonel Rémy dans son livre "Réseaux d'ombres"(1953) : « Je ne terminerai pas ce chapitre consacré aux liaisons aériennes sans reproduire ici la relation que me fit de son parachutage l’une des rares femmes qui sautèrent en France : notre amie Jeannette, petite Bourguignonne de vingt ans dont le récit est un modèle de simple et souriant courage ». 

« Deux jours d’attente près de l’aérodrome anglais dans une grande maison bourgeoise où nous sommes choyés au possible. Puis le départ est annoncé pour le soir. Un grand jour pour nous : seuls nous comprendront ceux qui ont connu cela. Après le dîner, préparatifs soignés, mise du parachute et de tout l’équipement, mots d’encouragement de nos amis anglais, américains, réconfort de notre charmant capitaine Yvonnec. Après les adieux de rigueur, nous montons dans l’avion. Nous sommes nombreux, il doit y avoir trois parachutages différents. Nous volons vers notre France. Premier parachutage très bon. Second, une heure après, excellent. Enfin le nôtre…
Nous arrivons au-dessus du terrain, je voyais avec plaisir les petits dés que formaient champs et prés. « Action station ! » Me voici prête à me lancer dans le vide. Attente du « Go ! » L’avion fait un tour, deux tours, trois tours… comme c’est long ! Je regarde fixement le signal rouge qui doit devenir vert pour signaler le départ. Toujours rien… Ma position est de plus en plus pénible, car le froid est très vif en cet hiver 1944, et surtout à quelques centaines de mètres d’altitude. Ce manège dure plus d’une demi-heure… et l’avion prend le chemin du retour !
Déception très grande et grande aussi la fatigue quand nous avons atterri sur l’aérodrome anglais après huit heures de vol et de tension nerveuse. Un, deux jours… vent, pluie, aucun départ. Enfin le troisième, on nous dit que ça va. Même préparatifs et envol vers la France, cette fois, seuls nous quatre avec nos bagages. Un bruit insolite : nous sommes attaqués par la DCA au passage de la côte. Arrivée au-dessus du terrain… les signaux sont en bas ! « Action station ! » « Go ! » Je saute, une seconde de vide complet et me voilà bien suspendue, voyant avec plaisir les autres petits champignons descendre. J’arrive au sol assez brutalement, le vent étant fort. Le temps de me dégager de mon attirail encombrant, de rouler le parachute… me voici donc sous un beau clair de lune, à deux mètres d’un bois et d’une haie. Aucun bruit… J’attends environ un quart d’heure et soudain je vois arriver un jeune homme qui me dit : - Eh ben ! vieux… ça va ? - Merci, très bien. - Oh ! excusez-moi… c’est la première femme qui descend chez nous ! Nous retrouvons mes trois camarades et arrivons dans une ferme tenue par des Belges. Quel accueil ! … Que de questions ! Nous répondons évasivement. Le chef du réseau arrive, nous discutons et décidons de partir le matin au premier train. Premier contact avec la vie d’occupation pour mes trois camarades. Nous arrivons dans une petite gare où les quelques personnes en attente nous regardent avec curiosité… Nous sommes fripés, malpropres. Qu’importe… nous arrivons à Tours : là commence notre première aventure ».

Le colonel Rémy poursuit : « En janvier 1944, Jeannette faisait partie de l’équipe des quatre Pathfinders (découvreurs de pistes) qui devaient préparer la voie aux tandems Sussex (un agent de renseignement et un opérateur radio) destinés à renseigner le Haut Commandement sur les mouvements de l’ennemi à l’époque du débarquement. Jeannette, Pierre Binet (Lucien), le radio Georges Lasalle (Charles) sous les ordres du commandant Saubestre de l’Armée de l’Air accomplirent leur devoir jusqu’au bout avec des résultats qui modifièrent, plus d’une fois, les dispositions du débarquement.
Le 19 janvier 1944, Lucien fut arrêté par les Allemands avec trois autres camarades : ils furent exécutés aux environs de Troyes. Les parents de Jeannette furent déportés et son père n’en revint pas. Après la guerre, Saubestre, Lasalle et … Jeannette reprirent le traintrain de la vie quotidienne en toute discrétion ».

Récompenses :
France : Chevalier de la Légion d'honneur - Croix de guerre 1939-1945 avec palmes - Médaille de la résistance
Royaume-Uni : British George Medal - Officier de l'ordre du British Empire (sous le nom de Gauthier).
Etats-Unis : Distinguished Service Cross (DSC), 1945. Jeannette Guyot est, avec Virginia Hall, l’une des deux femmes a avoir obtenu cette médaille durant la Seconde Guerre mondiale pour son héroïsme extraordinaire lors d’opérations militaires et son concours à la campagne de Normandie, du 8 février au 26 août 1944.

Merci Madame. Veuillez accepter notre plus grand respect pour l’Exemple que vous léguez à notre Nation.

CW 



La troupe de théatre et de danse "les Super Anges" du Bénin