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Les bombardiers de la Liberté

La presse télévisée, lors des commémorations du débarquement du 6 juin 1944, n'a jamais fait mention, à notre connaissance, de la présence, dans cette opération, des Forces Aériennes Françaises. Or le Groupe Lorraine, notamment, a pourtant eu un rôle de toute première importance. Jugez-en.

Dans la grisaille de l’aube du 6 juin 1944, douze bombardiers Douglas A-20 Boston frappés de la croix de Lorraine décollent de Hartford Bridge, près de Londres. Depuis minuit, les pilotes français connaissent leur feuille de route : « It’s D-Day today ! »

Dans leurs soutes, les quatre bombes de 227 kilos transportées ordinairement ont été remplacées par d’étranges cylindres de 2 mètres de long, d’où pointent des tuyaux qui émergent du ventre des appareils. Il en sortira une épaisse fumée blanche, plus dense que tous les brouillards, destinée à masquer, à l’artillerie allemande, les bateaux débarquant, au même moment, les troupes alliées sur les côtes normandes. Particulièrement toxique, le gaz largué oblige les aviateurs à porter leurs masques, car le rideau de fumée doit, pour être efficace, s’élever depuis le niveau de la mer. Émanations garanties dans l’habitacle !

C’est donc au ras des flots (50 pieds, 15 mètres d’altitude) que les bombardiers se présentent “sur zone”, dans un fracas d’apocalypse. À la tempête qui fait rage sur les côtes du Cotentin s’ajoutent les vagues énormes soulevées par les obus des batteries allemandes. Aveuglés par les embruns, secoués par le souffle des explosions, frôlant la mer déchaînée à plus de 500 kilomètres-heure — un exercice extrêmement dangereux quand on sait qu’à cette vitesse et à cette altitude, le pilote n’a aucune conscience du relief —, les Boston parcourent, les 25 kilomètres, de la pointe de Barfleur à l’embouchure de la Vire, chacun déclenchant ses quatre pots fumigènes toutes les dix secondes afin de permettre aux barges de débarquement de gagner la côte sans être prises pour cibles par le feu de l’ennemi. Au même moment, douze Boston du 88 Squadron de la RAF font de même, plus à l’est, entre l’Orne et Bayeux.

Quand, à 7 heures du matin, les bombardiers du Lorraine rentrent à la base, leur mission est accomplie. Mais deux appareils ont été abattus et un troisième s’enflamme à l’atterrissage. Tous faisaient partie du groupe Lorraine des Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL), créé en septembre 1941 et affecté au 342 Squadron de la RAF, basé depuis août 1943 à Hartford Bridge (devenu l’aéroport de Blackbushe).


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