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Infirmières Pilotes Secouristes de l'Air (IPSA)

Germaine L'Herbier-Montagnon

Germaine L'Herbier-Montagnon était une Infirmière Pilote Secouriste de l'Air. Née le 13 juin 1895 à Tournon-sur-Rhône, elle y est décédée le 29 juillet 1986, à l'âge de 91 ans.
Elle a consacré sa vie à ce corps d’élite, ainsi qu’à la recherche des corps des aviateurs tombés au combat.
Les textes qui suivent, synthèse ou extraits des écrits de Messieurs Vincent Lemaire et André François-Poncet de l’Académie Française, relatent la vie de cette femme vraiment exceptionnelle. Émouvant, bouleversant… à lire absolument.

Femme de lettre, elle écrit "Jusqu'au sacrifice" livre rendant hommage au corps des I.P.S.A.

Germaine L'Herbier-Montagnon IPSA

Monsieur André François Poncet note que nul n'était plus qualifié pour écrire ce livre que Mme L'Herbier-Montagnon, non seulement parce qu'elle a assisté à la création, sous l'égide de la Croix-Rouge, du corps des " I.P.S.A.", participé pendant douze ans à l'instruction, à l'éducation, à l'entraînement physique et moral de ses filles, et connu individuellement la plupart d'entre elles, non seulement parce qu'elle a un beau talent d'écrivain et que le sujet qu'elle traite est aussi digne de ma plume que sa plume est digne de ce sujet, mais aussi parce que du coeur de cette femme jaillit, en gerbes inépuisables, une fontaine de piété, de pitié et d'amour.
Le nom des "I.P.S.A.", est bien connu. Mais il ne l'est pas autant qu'il mérite de l'être. Il doit devenir populaire. Le livre consacré à la gloire des Infirmières Pilotes Secouristes de l'Air, en la personne de douze d'entre elles, victimes du devoir, y aidera, j'en suis sûr, puissamment.
Dans ce livre, elle retrace la vie et la mort exemplaire de douze I.P.S.A. qui de 1945 à 1955, sont allées, dans l'accomplissement du devoir qu'elles s'étaient librement imposé jusqu'au sacrifice suprême : Janine Bourbon, Jeanne Despré, Jacqueline Domergue, Béatrix de l'Epine, Berthe Finat, Geneviève de la Guerronnière, Cécile Idrac, Lucienne Just, Colette de Laur i ston, Gisèle Pons, Anne-Marie Rouanet, Geneviève Roure . Puissent ces noms demeurer gravés dans les mémoires !
Origine, des I.P.S.A.
La Croix-Rouge Française a été fondée pour appliquer la Convention internationale dont les signataires s'engageaient à soigner les blessés des armées en campagne et à respecter, neutraliser les lieux où ils seraient soignés, ainsi que le personnel soignant. Mais quand l'Armée de l'Air est née, pouvait-elle la regarder, étant Auxiliaire des Services de Santé de l'Armée de Terre, comme étrangère à sa compétence, se confiner en face d'elle, dans l'inertie et l'indifférence ? Le penser eût été un reniement de soi-même.
Aussi, dès 1934, trois femmes de tête et de coeur, Mme la Marquise de Noailles, Mme Jean Schneider et Mme de Vendeuvre, ont-elles conçu et réalisé le projet de mettre à la disposition de l'arme nouvelle, les ressources, l'organisation, les traditions de la Croix-Rouge, sous la forme d'une équipe distincte, préparée et adaptée, dans une école spéciale aux tâches nouvelles quelle aurait à remplir. Ce furent les " I.P.S.A" , dont Mme de Vendeuvre est restée l'incomparable animatrice. Ces trois dames soupçonnaient-elles, au départ tout ce qui allait être demandé à leurs filles ?
Que demande-t-on aux I.P.S.A. ?
Rapidement, l'aviation militaire, en dehors de ses missions de combat, est devenue le principal instrument de liaison avec les théâtres extérieurs d'opér at ions : Allemagne, Afrique du Nord, Afr ique Noire, Proche et Extrême-Orient, Indochine, Madagascar. C'est l’aviation militaire qui a dû assurer, les secours d'urgence aux blessés, leur transport, celui des malades, les évacuations des populations menacées ou déplacées, le retour des prisonniers, des déportés et des rapatriés de toute sorte.
Il fallait donc que les Infirmières de l'Air, appelées à la seconder dans ses diverses et complexes obligations, fussent d'une trempe particulière et réunissent toutes les capacités. Elles devaient être, physiquement infatigables, moralement intrépides, au moins autant que leurs compagnes " terrestres", savoir donner les soins les plus variés, et, pour cela, avoir fait les études nécessaires, être munies du diplôme d'Etat d'Infirmière Hospitalière et de celui de convoyeuse-assistante de bord ; elle devait être habituées à la vie aérienne, avoir "l'esprit aviation", ne faire qu'un avec l'équipage, avoir les mêmes préoccupations, les mêmes réactions que lui, être enfin à l'occasion parachutables, capables de sauter au secours d'un blessé isolé, dans un pays perdu, ou avec un médecin chargé d'installer, avec son équipe et son matériel, un poste sanitaire en plein champ.
C'est tout cela que les I.P.S.A. ont appris à leur école. C'est tout cela qu'elles ont fait, et qu'elles ont fait tous les jours, soit engagées par le Groupe des Moyens Militaires de Transport Aérien ( G .M.M. T . A . ) , ou par l'Aviation Légère de 1'Armée de Terre ( A . L . A . T . ) , soit qu'elles entraient, comme hôtesses de l'Air, au service de Compagnies privées. C'est tout cela qu'ont fait, jusqu'à en mourir, les douze filles dont le livre de Germaine L'Herbier-Montagnon est le martyrologe.
Les I.P.S.A. jusqu'au sacrifice.
L'Ecole des l.P.S.A. a plus d'élèves qu'elle n'en peut recueillir. Et pourtant, la vie qui les attend est dure et pénible; elle exige un dévouement sans limite et de tous les instants ; elle expose celles qui s'y consacrent aux dangers inhérents à l'Aviation, c'est-à-dire à des risques permanents qui ne sont pas seulement ceux du temps et des actions de guerre, mais qui sont également ceux de chaque jour du temps de paix. Or, ce sont précisément ces risques, ce sont ces dangers qui attirent et retiennent les l.P.S.A. C'est parce que le métier qui sera le leur est plus difficile que les autres, parce qu'il requiert la mise en oeuvre des plus hautes vertus, le don total de soi-même, qu'elles le choisissent !
Les douze l .P.S.A. , dont Mme L'Herbier-Montagnon évoque la carrière, « savaient ce à quoi elles se destinaient. C'est parce qu'elles le savaient qu'elles s 'y destinaient. Elles savaient qu' à for ce de voler en soignant, de soigner en volant de jour et de nuit, sous tous les climats et par tous les temps, un jour, le mauvais sort les frapperait : elles ne l'ignoraient pas. Prêtes d'avance à un sacrifice dont certaines avaient le pressentiment, assommées, carbonisées ou noyées, toutes ont vu la mort fondre sur elles. Toutes l'ont regardée en face et l'ont acceptée, les yeux grands ouverts, non comme une fatalité subie avec épouvante, mais comme le couronnement exaltant de leur vocation.
Issues de milieux sociaux différents, une camaraderie sans défaut, procédant d'une communauté d'idéal sans fissure, les unissait. Elles avaient le même appétit d'héroïsme. Quiconque lira "Jusqu'au sacrifice" pensé et écrit par Mme L'Herbier-Montagnon à la manière dont ce fut vécu, sentira se mouiller ses yeux. Mais, en même temps, une lueur généreuse réchauffera son coeur tant il est vrai qu'il en émane de rayonnement.
Les I.P.S.A. "troupe d'élite", honorent la Croix-Rouge, la France, les femmes françaises et, d' u n pays où il y a une phalange de telles femmes on peut certifier qu'il est riche de la seule vraie richesse, la richesse morale.

Recherche des corps des aviateurs français et alliés.
Vincent Lemaire décrit également qu'après la défaite de juin 1940, elle créa à sa seule initiative (jusqu'à créer des tampons officiels !) pour diriger la Mission de Recherches des Morts et Disparus de l'Armée de l'Air. Elle consacra plusieurs années de son existence à retrouver les corps des aviateurs français abattus pendant la bataille de France, soit du 10 mai au 24 juin 1940, ainsi que, clandestinement, des aviateurs alliés et français libres abattus.
Chef de mission, Germaine L’Herbier-Montagnon réussit, avec l’aide d'un certain nombre de bénévoles, I.P.S.A. comme elle, à identifier au 1er octobre 1942 les restes de 431 aviateurs français et à leur donner une sépulture décente.
Elle procéda sur place à toutes les vérifications parmi les plus terribles, ne reculant devant rien, même pas devant « l'épouvante sans nom » des exhumations qui lui offraient des visions affreuses d'hommes qui étaient devenus « un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue ». Le plus souvent hors de la présence des familles bloquées au loin, elle ensevelissait elle-même nos aviateurs « avec tout le respect dû à leur sacrifice, avec toute ma tendresse… et comme une mère me le recommanda : en le prenant bien doucement dans sa tombe ».

Germaine L'Herbier-Montagnon

Pendant cinq ans, d'août 1940 à fin 1946, elle s'est attachée, en dépit des périls et des obstacles, à la recherche des corps des aviateurs français et alliés, disparus dans le ciel et tombés, Dieu seul savait où, et qui a réussi à retrouver, à identifier, à rendre aux familles les restes d'un nombre considérable d'entre eux. En récompense de quoi, lui ont été conférés, avec des citations magnifiques, la Légion d'Honneur et l'Ordre du British Empire, que l'Ambassadeur Duff-Cooper tint à lui remettre lui-même.
Le résultat de plusieurs de ses recherches et des récits des derniers combats d'aviateurs "morts pour la France", sont relatés dans un ouvrage qu’elle fit paraître pendant la Seconde Guerre mondiale à Paris aux éditions Fasquelle : « Disparus dans le Ciel », livre préfacé par le général René Chambe. Elle écrivit de nombreux autres ouvrages retraçant les conditions difficiles de la Mission qu'elle s'était dévolue et exaltant notamment la mémoire d'aviateurs "morts pour la France".
Parmi ses multiples identifications sur les lieux d'aviateurs abattus, elle cite le souvenir (parmi tant d'autres) des recherches concernant le lieutenant Sudres : « Avec nos dérisoires outils, de nos mains ensanglantées par les morceaux de duralumin, nous avions longuement fouillé la terre... et découvert le corps calciné du lieutenant Sudres.
Jamais je n'oublierai cette vision : cette femme à genoux sur le sol et qui, sans un cri, avec seulement de grosses larmes roulant sur son visage, retrouvait les ossements carbonisés de son fidèle compagnon. Voici sa main et l’alliance qui scella le le pacte d’amour ; voici le stylo-mine donné par les "petits" pour la fête de leur père. Voici l'insigne d'or "Les ailes te portent, l'étoile te guide, la couronne t'attend".
Lorsque 45 années plus tard, je rencontrai la veuve fidèle du lieutenant Sudres, son évocation de cette terrible découverte me bouleversa, et me marqua à mon tour à jamais : Emilie Sudres, aussi admirable de dignité que de force morale, n'avait pu, ni totalement dissimuler, ni m'empêcher d'entrevoir la vivacité d'une douleur dont le temps n'avait pu emmousser l'intensité ».
Malade et alitée les dernières années, Germaine L’Herbier-Montagnon conserva néanmoins intactes sa gaité naturelle et sa parfaite lucidité jusqu'à ce que, depuis son village natal, le 29 juillet 1986, elle prit son dernier envol.
Le 26 juin 2013, le Conseil municipal de Tournonsur-Rhône a attribué à l'unanimité, à sa sépulture, le caractère d'une concession honorifique perpétuelle, permettant ainsi à celle qui avait tant fait pour assurer
à des aviateurs une sépulture digne de leur sacrifice, de reposer définitivement en paix dans la terre natale qu'elle chérissait.
Par une délicate attention, sa dernière demeure creusée dans sa terre natale ardéchoise, est ornée de l’une des cocardes tricolores qu’elle avait fait réaliser au nom des I.P.S.A. pour les apposer sur les tombes des aviateurs "morts pour la France", ces aviateurs pour lesquels elle avait fait si souvent l’impossible afin de les identifier et de leur assurer une sépulture digne de leur sacrifice.
Il me plaît à penser qu'elle fut accueillie et escortée par une escadrille innombrable d'aviateurs jaillis des nuages, venus témoigner leur reconnaissance envers celle qui, selon les mots du général René Chambe, «  s'était si maternellement penchée sur eux et avait essuyé leurs fronts célestes, maculés de terre et de sang… »

Insigne IPSA