Imprimer cette page

Escadrilles 131 et 132

Centenaires et toujours opérationnelles

De 30 escadrilles en 1914, on en comptera 600, dont 370 opérationnelles, à l'armistice. D'observation au début du conflit, elles se transformeront en chasse ou bombardement et mettront en avant une nouvelle race de combattants : Guynemer, Madon, Nungesser, Fonck... Le gouvernement utilisera ces héros pour redonner du baume au coeur des soldats et de la population. De 4 ou 6 avions, le nombre d’appareils par escadrille passera de 10 à 15 en 1917. Cela représente 54 000 avions construits et 17 000 pilotes formés. une soixantaine d'escadrilles atteindront le XXIème siècle. dont les escadrilles 131 et 132.
Été 1917
Nées en juin 1917 les escadrilles 131 et 132, s’entraînent dès juillet à Villacoublay pour l’une et à Etampes-Mondésir pour l’autre. Elles sont armées par des pilotes, des bombardiers, des observateurs et des mécaniciens formés à l’école d’Avord. Equipées de Sopwitch 1B anglais, version bombardement (Sopwitch Camel), elles prennent l'appellation SOP 131 et 132 au sein du groupe de bombardement n°4. La 131 adopte comme insigne une chimère montée sur une bombe, tandis que la 132 opte pour un dragon. Les premiers commandants d’escadrilles sont les capitaines Roux et Leblanc. Aptes au combat elles rejoignent Luxeuil au début de l’automne. À partir de là, elles seront soeursde combat et ne se quitteront plus ! Aujourd’hui, elles sont au sein de l’Escadron de transport 02-064 Anjou.
Bombardement et renseignement
Revenons à 1917. À partir de Luxeuil, ces escadrilles vont bombarder l’Alsace : Altkirch, Thann, Mittelsheim, Rouffach, Neuf- Brisach… Le plus souvent en allant en territoire ennemi. Les cibles sont des terrains d’aviation, des usines, des gares... Succès, mais aussi pertes, se succèdent.
Les deux unités se replient sur Villeneuve le Roy, troquent leurs Sopwitch pour des Bréguet XIV, meilleur bombardier du conflit et deviennent les BR 131 et 132. Le Breguet XIVB2, sera produit jusqu'en 1918/1919. Il restera célèbre pour avoir participé à l'épopée de l'Aéropostale aux mains de pilotes comme Mermoz, Daurat, Saint Exupéry ou Guillaumet.
Très mobiles avec leurs baraques Adrian et leurs hangars Bessonneau, démontables et adaptés au transport hippomobile ou ferroviaire, elles vont au gré des terrains d’accueil. Les missions de reconnaissance ou de bombardement se succèdent à un rythme effréné : Creil, Compiègne, St Quentin, Ham, Beauvais... et toujours sous le feu de la DCA ennemie où celui des chasseurs Albatros allemands. En septembre 1918, elles seront à St Dizier, puis Somme-Vesle dans la Marne et le camp anglais de Juvaincourt dans les Vosges pour l’armistice.
Le conflit leur coûtera 40 morts pour des centaines de missions réussies. Entre autres héros, citons le lieutenant fantassin Eugène Weismann. Les pieds broyés par une grenade, en octobre 1916, il refusera d’être réformé, réapprendra à marcher et demandera son affectation dans l’aviation. Avec une volonté hors du commun il effectuera 47 missions de bombardement et 26 combats aériens au sein de la BR132, obtenant 7 victoires !
Après la guerre les deux escadrilles volent vers l'Allemagne, avec les forces d’occupation. Avec le bombardier de nuit Lioré & Olivier LÉO 206, elles sont basées à Reims puis à Avord en 1936, avec le Farman 221. Les deux escadrilles forment alors le groupe de bombardement (GB) 2/15.
1940, après une campagne de France héroïque, le Groupe se repli en Afrique du Nord où il est dissous. Résurrection en novembre à Alger en Groupe de Transport GT 2/15 avec les traditions et insignes du GB 2/15. Équipées de Potez 540 et 650, les escadrilles participent aux opérations de Syrie. Par la suite, le GT 2/15 prend le nom d’Anjou et retourne en France. Basé à Lyon, le groupe est transformé sur Dakota C47.
Janvier 1946 : Indochine. Ravitaillement, largage de paras ou de tracts, propagande sonore, le 2/64 Anjou est de toutes les missions. Les équipages des deux escadrilles vont se distinguer fin 1953 avec la mission "Castor" (indicatif opérationnel, encore aujourd’hui). 67 Dakotas opèrent jour et nuit sur Dien Bien Phu apportant un précieux concours aux forces retranchées. D’abord en se posant sur une piste de fortune puis par largage. Des bataillons  de paras et des tonnes de matériel vont être ainsi acheminés,  faisant fi de la DCA. Le GT 2/64 effectuera 17 500 missions pour 64 300 heures de vol en Extrême-Orient, ce qui lui vaudra 7 citations à l’ordre de l’Armée aérienne. Depuis cette opération un lien indéfectible lie les paras, la légion et l’Anjou.
Djebels et Suez
Une page se tourne. Direction Blida. Fin 1956 la crise de Suez se déclenche. Le Groupe reçoit les Noratlas 2501. 6 avions munis de plaques de blindage, décollent pour Chypre en octobre. Après quinze jours d’attente, ils opèrent le parachutage suivi d’une offensive terrestre qui débouche sur une victoire incontestée, sur le plan militaire du moins… car on connaît les suites diplomatiques de la triste affaire du canal de Suez ! Pleins d’amertume, les équipages rejoignent Blida le 16 novembre.
Décembre 1956, le GT 2/64 devient le GT 2/62 Anjou. Il retrouve la France en décembre 1961 sur la base de Reims (BA112) et devient l'Escadron de Transport ET 2/62. Mars 1967, mission au Groënland. Juin, mission Varsovie-Moscou pour l’équipe de France de parachutisme. En mai 1968 l’Anjou se substitue à Air Inter pendant la grève générale.
"Débarquement" en Normandie
C’est en 1978 que l’Escadron, tel qu'actuellement, rejoint la Base Aérienne 105 d’Evreux. Il devient l’ET 02.064 Anjou, et avec le 01.064 Béarn, forme la 64ème Escadre de Transport. Son cri de guerre “Anjou-feu” résonne désormais en Normandie.
Place à la projection
1983 voit l’arrivée du Transall C160 Nouvelle Génération (NG). Doté de la capacité de ravitaillement en vol. Les déploiements se multiplient : Bangui, Libreville, Sinaï, Tchad, Golfe, ex-Yougoslavie... 1998, l'ET 02.064 reçoit ses premiers C 160 NG rénovés et dotés de systèmes de navigation plus performants. Le Transall devient la bête de somme des Armées.
Après les attentats du 11 septembre 2001, l'Escadron intensifie ses activités : Moyen-Orient, Afrique, Afghanistan, Kirghizistan, Côte d'Ivoire, République Démocratique du Congo, Mali… L'Anjou, escadron de transport tactique, assure des missions à caractère logistique : transport de fret et de personnels, évacuation sanitaire, posé d’assaut de personnel ou de matériel dans un environnement hostile ou évacuation de ressortissants. Sa capacité de ravitaillement en vol permet de délivrer du carburant à
des avions de chasse, de transport ou des hélicoptères spécialisés dans la recherche et le sauvetage au combat. Son activité aérienne annuelle est de 5000 heures de vol.
2018, l'Anjou finit les Transall. Les "seigneurs de l’Anjou", gardiens des traditions des BR 131 et 132 de 1917, continuent de faire rayonner le transport aérien militaire français sous toutes les latitudes du globe.

Extrait d'un article envoyé par Denis Giacomezzi (UNC85).

Escadrilles 131 et 132