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Colonisation de l'Algérie

Les raisons de la conquête : un autre rappel historique...

(Extraits d'un article de José Castano avec l'aimable autorisation de l'auteur).

« Chose étrange et bien vraie pourtant, ce qui manque à la France en Alger, c'est un peu de barbarie. Les Turcs allaient plus vite, plus sûrement et plus loin ; ils savaient mieux couper les têtes. La première chose qui frappe le sauvage, ce n'est pas la raison, c'est la force » (Victor Hugo dans " Le Rhin" en 1842)

« A son indépendance, nul pays extérieur au monde occidental, Japon et Afrique du Sud exceptés, ne dispose d'une infrastructure aussi développée que l'Algérie » (Béchir Ben Yahmed, fondateur de "Jeune Afrique")

Si Charles X fut à l'origine de l'expédition d'Alger, c'est précisément la 2ème République qui ordonna la conquête de l'Algérie. Cependant, à cette époque il n'était aucunement question de colonisation. Ce que Charles X, et avec lui l'Europe, voulaient, c'était supprimer la piraterie en Méditerranée. En effet, toute la côte barbaresque, de l'Egypte à Gibraltar, n'était qu'une seule et très active base d'opérations de piraterie dirigée contre la France, l'Espagne, l'Italie et surtout contre les convois chargés de marchandises qui sillonnaient la Méditerranée.

C'est pour réduire cette piraterie que les premières incursions chrétiennes de représailles sur les côtes algériennes virent le jour au début du XVIe siècle et permirent aux Espagnols, sous la conduite de Pedro Navarro, d'investir Alger et de libérer trois cents captifs chrétiens. Pour les en chasser, les Algériens firent appel en 1515 aux corsaires turcs qui occupaient depuis 1513 le port de Djidjelli en Kabylie, notamment à un pirate sanguinaire, Kheir-Ed-Din, dit Barberousse en raison de la couleur de sa barbe. Ils occupèrent Alger et y instaurèrent un régime de terreur, exécutant ceux qui refusaient la nouvelle domination turque. Ainsi, par l'entremise de ce pirate que le sultan de Stamboul avait nommé émir des émirs, beylerbey, la Turquie prit officiellement pied dans le bassin occidental de la Méditerranée. Alger était pour elle une base avancée, ce que Gibraltar et Singapour furent plus tard pour l'Angleterre. De là, elle pouvait porter des coups très durs à la navigation chrétienne. Avec ces ressources, Barberousse et les Turcs chassèrent les Espagnols et conquirent le territoire algérien, allant jusqu'à placer le pays sous la dépendance nominale du sultan de Constantinople. Le Maghreb était devenu une province turque.

Forte de ses soixante bâtiments dont trente-cinq galères, la flotte algérienne écumait la Méditerranée et amassait des trésors. De plus une autre source énorme de profits était constituée par l'esclavage. Il s'exerçait, pour une part, aux dépens de populations d'Afrique noire que l'on enlevait après avoir investi les villages et, pour une autre part, de la piraterie. L'avantage de cette dernière résidait dans l'échange des esclaves chrétiens contre de fortes rançons.

Un bénédictin espagnol, le Père Haedo, estimait qu'Alger devait avoir 60 000 habitants et 25 000 esclaves chrétiens.

Quand Charles X décida l'occupation d'Alger, la Prusse, l'Autriche, la Russie, approuvèrent. C'est ainsi qu'en cette aube du 25 mai 1830, la France partit pour l'Algérie... sans se douter qu'elle allait y rester 132 ans.

En effet, en 1830, l'Algérie était, nous l'avons vu, une possession turque. L'occupation par la France n'a donc eu pour résultat que de substituer à une occupation étrangère celle d'un autre pays. De plus, cette Algérie là ne constituait pas un Etat, encore moins une nation. Elle n'avait pas de frontières. Elle constituait une mosaïque de tribus qu'aucun lien, sauf le religieux, n'unissait entre elles, encore que d'une façon très fragmentaire. En fait de richesses agricoles, les Français découvrirent un désert et une lande hérissée de broussailles au bord d'un marais pestilentiel où pullulaient les moustiques.

En 1841, dans son étude "Solution de la question d'Algérie", le général Duvivier écrivait : « Les plaines, telles celles de la Mitidja, de Bône et tant d'autres, ne sont que des foyers de maladies et de morts. Les assainir, on n'y parviendra jamais... Les plaines, pour les Européens, sont et seront toujours longtemps de vastes tombeaux. Qu'on abandonne ces fétides fosses ! » Le général Berthezène affirmait : « La Mitidja n'est qu'un immense cloaque. Elle sera le tombeau de tous ceux qui oseront l'exploiter » !

Au cours d'une audience qu'il accorda à un haut prélat d'Algérie, en septembre 1961, sa Sainteté Jean XXIII déclara : « Vous avez vos idées, c'est bien, mais moi j'ai constaté une chose : c'est que chaque fois que la France se retire d'un pays, la liberté et la civilisation reculent ».

L'auteur pose notamment trois questions :

  • Qui a annexé ce pays autrefois habité par la race berbère et qui faisait alors partie intégrante du monde occidental ?
  • Qui a soumis par la force ce même peuple berbère, majoritairement chrétien, à la conversion à l'Islam ?
  • Qui a créé les écoles où chrétiens, juifs et musulmans vivaient à l'unisson ?

(joseph.castano0508@orange.fr)