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Cérémonie d’hommage aux Tirailleurs Sénégalais

Tirailleurs SénégalaisLe 23 août 2016 à 11 heures, s'est déroulée à La Teste de Buch la cérémonie rendant hommage annuellement aux tirailleurs Sénégalais "morts pour la France" au cours de la "Grande Guerre". Parmi les nombreuses Autorités, on remarquait notamment la présence de Messieurs le Maire de La Teste de Buch, le Colonel commandant la BA 120 de Cazaux et le Consul Général du Sénégal de Bordeaux. Cette cérémonie empreinte de dignité, provoque toujours chez le "monde Combattant" de profondes émotions entachées cependant d'une certaine amertume car  ceux qui ont l'oreille des médias, ont une fois encore, mis en cause les Autorités civiles et militaires dans le décès des tirailleurs Sénégalais au camp du Courneau. Pour cette raison notamment, nous reproduisons ci-dessous les plus larges extraits de l'Intervention de notre Amicaliste Monsieur Joël Le Cloitre, Président de l'Union Nationale des Combattants de la Gironde.

«Ces dernières semaines le quotidien Sud-Ouest passait en revue les diverses nationalités qui se sont implantées à Bordeaux depuis quelques décennies. Un bel article concernait les Sénégalais au nombre de plus de 6500 personnes avec un réel succès, rencontrant la sympathie des Bordelais. Ils apportent dans des activités variées un plus très apprécié. Ils constituent à Bordeaux la plus importante présence Sénégalaise de France.
Au bord de la piste forestière numéro 214, commune de la Teste de Buch, à la hauteur de la base de Cazaux, créant un raccourci vers les plages océanes on voit une construction dans la forêt, imposante, c’est la nécropole du Natus, Mémorial en souvenir du camp du Courneau, qui rappelle qu’ici était un camp où des dizaines de milliers de soldats séjournèrent pendant la guerre de 1914-1918 : Tirailleurs Sénégalais, soldats Russes et Américains.
Cet ensemble apprenons-nous a été érigé en 1967 bien que son projet avait été approuvé et sa construction décidée dés la fin de la guerre. Quarante ans au moins avant que ce marqueur de mémoire très fort fonctionne, alors le temps a fait son œuvre et peu à peu l’oubli a failli s’installer, heureusement cela ne s’est pas produit grâce notamment à certaines associations du souvenir ou patriotiques dont l’Union Nationale des Combattants et le Souvenir Français.
Instruit de la volonté du Président du Sénégal Abdoulaye Wade, de marquer avec solennité un haut fait militaire datant de l'été 1944, à savoir la libération de la ville de Toulon, tenue très fortement par les Allemands. Après des combats terribles le sixième bataillon de tirailleurs sénégalais à ouvert à la première armée d’Afrique la route vers l’Allemagne après le débarquement de Provence en août 1944. Cet exploit militaire, a eu lieu le 23 août, en conséquence cette date a été choisie par le président de la république du Sénégal, lui-même fils de tirailleur, pour être commémorée chaque année en créant ainsi la Fête du Tirailleur Sénégalais.
L’UNC de la Gironde a suivi cette piste pour rendre hommage à nos frères d’armes et pour les sortir d’un certain oubli au moment ou quelques voix, toujours promptes à l’auto dénigrement insinuaient à propos d’une mortalité anormale qui avait frappé les Tirailleurs hivernant dans le camp du Courneau, que nous en avions eu une lourde responsabilité par la faute des autorités sanitaires chargées de ce camp. En effet, les tirailleurs ont tout de suite sous nos latitudes présenté une grande sensibilité aux froids du nord de la France et il a fallu rapidement construire des lieux plus tempérés pour faire hiberner nos troupes africaines, le choix du lieu convenable fut Fréjus dans le Var et la région proche d’Arcachon, déjà réputée excellente pour les affections pulmonaires ! C’est notre région qui fut choisie en raison de la présence d’un raccordement à une voie ferrée très proche. Accueillir des dizaines de milliers d’hommes rapidement n’est jamais facile (28.000 hommes) ! 400 baraques "adrian" plus un hôpital de campagne de 1000 places furent installés mais les conditions micro climatiques s’avérèrent moins bonnes que prévues et nous avons eu des centaines de décès à déplorer liés à des affections pulmonaires : plus de 900 environ. Les tirailleurs furent alors 20 mois après leur arrivée au camp du Courneau (mars 1916 – octobre 1917) envoyés à Fréjus.
Ce sont des soldats Russes, bloqués chez nous en raison de la révolution bolchevique qui prirent la place des Tirailleurs pendant 5 mois jusqu’en mars 1918 sans incidents pathologiques. De même 15000 artilleurs américains prirent leur place de juillet 1918 à mai 1919 sans présenter les mêmes pathologies.
Nos frères d’armes ! Si longtemps après les combats nous avons plaisir à employer cette expression, peut-on comprendre cette fraternité des combattants ? Notion quasi légendaire qui échapperait à ceux qui ne l’ont pas connue ? Loin des aigreurs, le mot est faible, existent pourtant de nombreux et pudiques témoignages de grands soldats qui parlent, un peu à l’écart des oreilles non initiées. Ceux qui combattent, après avoir accepté le statut militaire, avec un fol désintéressement, sans rechercher le sacrifice suprême, mais au coude à coude avec les camarades, se sentent solidaires et responsables des "frères d’armes", les "codes" deviennent différents, pour en être, il y a une grâce et un prix, n’en parlons pas plus avant ! Ce n’est pas simplement un choix !
C’est le destin qui a uni nos deux peuples, cette union qui nous rapproche ne s’expliquerait pas sans sentir au plus profond de notre être que ce passé militaire, partagé dans les vicissitudes que nous avons connues, en est la source majeure.
Comme si un dernier acte devait avoir lieu pour nos tirailleurs, alors que les combats terminés, l’exil relatif allait cesser, une catastrophe terrible les attendait. Un bateau : "l’Afrique", embarquait à Bordeaux, quai des Chartrons, le 9 janvier 1920, 602 personnes dont 192 tirailleurs et 125 membres d’équipage à 19 heures… Au large, victime d'une tempête, le bateau sombre… 36 personnes seulement survivent, dont 11 tirailleurs dans une chaloupe… La presse en parla sobrement !...
Maintenant on mesure bien ce que cette catastrophe a du représenter pour les familles des disparus, en particulier pour les familles des tirailleurs, rescapés de la guerre et des maladies, qui les attendaient et ne les virent jamais arriver.
Nous avons, aujourd’hui, en Afrique et en France, à porter cette mémoire, à l’honorer et à la transmettre. Nous le faisons avec un sentiment de respect : celui que les fils doivent à leur père.
Nous le faisons avec reconnaissance et gratitude, celles que l’on réserve aux héros. C’est la plus belle façon de rendre hommage aux tirailleurs sénégalais dont nous sommes venus honorer aujourd’hui la mémoire.

Cérémonie d’hommage aux Tirailleurs Sénégalais

Gloire et honneur aux tirailleurs Sénégalais, vive le Sénégal et vive l’amitié Franco-Sénégalaise ».



La troupe de théatre et de danse "les Super Anges" du Bénin