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Centenaire de la Bataille de Verdun :

La Rédaction de notre périodique s'associe sans réserve à la teneur de l'article de Béatrice Gendron, rédactrice en chef de "La voix du Combattant" paru au N°1816 (juin-juillet 2016). L'article, reproduit ci-dessous, dénonce l'indignation du monde Combattant quant au choix du rappeur Black M, la colère de notre secrétaire d'Etat après la demande d'annulation du "concert" et l'inconvenant spectacle des jeunes piétinant les tombes des milliers de soldats "morts pour la France". Pour nous, tout ceci est effectivement proprement scandaleux.

Rarement une commémoration aura fait couler autant d'encre... Avant même la manifestation officielle, la commémoration de la Bataille de Verdun a soulevé une polémique qui a repris de plus belle le jour J, à la diffusion des images,  images que la rédaction de La Voix du Combattant  a délibérément choisi de ne pas diffuser. Retour sur deux semaines de polémiques.
L'UNC Meuse a même écrit au Préfet son intention de ne pas envoyer de porte-drapeaux à la commémoration officielle de la bataille de Verdun… C'est l'annonce de la tenue d'un concert de rap avec le chanteur Black M qui a mis le feu aux poudres. L'UNC, comme d'autres associations d'anciens combattants et patriotiques, a été choquée de voir qu'un chanteur ayant tenu par le passé des propos antisémites et homophobes, et se promettant de "bien s'amuser" à Verdun, figurait au programme des manifestations organisées en marge de la commémoration officielle de la Bataille de Verdun. L'UNC a donc fait connaître son mécontentement discrètement mais au plus haut niveau de l'Etat, obtenant ainsi la déprogrammation de ce chanteur. L'affaire aurait pu en rester là, mais la réaction tonitruante du secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Défense, en charge des Anciens combattants et de la Mémoire, a scandalisé les associations qui, cette fois, n'ont pas agi dans la discrétion, mais en toute publicité en cosignant une lettre adressée directement au président de la République.

Lettre au président de la République

« Contrairement à ce qu'a écrit monsieur le secrétaire d'État, ce n'est en rien par un « déferlement de haine, d'injures et de menaces » que les associations du monde combattant signataires de la présente ont marqué leur ferme réprobation à la tenue d'un concert animé par le rappeur Black M, à Verdun le 29 mai prochain. A nos yeux de combattants au service de la France, un tel spectacle, un tel jour et en un tel lieu, constituerait une insupportable injure à la mémoire des centaines de milliers d'hommes, quelles que soient leur nationalité, leur origine, leur confession, qui ont souffert, versé leur sang, sont morts, sur cette terre de la Meuse. Nos associations, totalement apolitiques et non confessionnelles, s'élèvent avec vigueur contre tous les rapprochements, amalgames, insinuations et sous-entendus tendant à faire croire à quelque unité de vue avec quelque organisme que ce soit, étranger au monde combattant. Nous qui avons combattu pour la France, et bien souvent versé notre sang pour elle, nous respectons la Mémoire du "Combattant de Verdun " et nous n'acceptons pas qu'elle soit dégradée et salie. Nous avions donc pris acte de l'annulation de ce concert sans autre commentaire, avant de lire le communiqué qui exprime la "colère " du secrétaire d'État. Il y est souligné que "la liberté d'expression " est un "droit fondamental". Devons-nous comprendre que le monde combattant ne pourrait pas l'exercer sereinement ? Il y est également rappelé très justement que « c'est pour les valeurs de la République que nos soldats, venus de toutes les origines sociales, de tous les continents, de toutes les religions, et jeunes pour l'immense majorité d'entre eux, ont combattu et sont morts voilà cent ans à Verdun ». Ce sont précisément ces vérités qui ont suscité notre absolu refus de la tenue ce soir-là, dans cette ville martyre, d'un concert animé par un chanteur aux antécédents bien connus. Monsieur le secrétaire d'État a jugé la demande d'annulation de ce concert « indigne de l'hommage solennel que la Nation toute entière rend, en cette année du centenaire de la bataille de Verdun, aux combattants de toutes conditions et de toutes origines qui sont morts pour la France ». Nous estimons très exactement le contraire. Et nous comprenons mal, dans cette démocratie dont vous êtes le garant, que notre ministre de tutelle traite par un tel mépris, marqué de colère, l'expression des convictions d'anciens combattants et victimes de guerre, placés sous son autorité politique. »

Une prestation qui réactive l'indignation

Après cette publicité, c'est la scénographie imaginée pour la cérémonie du 29 mai qui a relancé la polémique. Au lendemain de la commémoration, si très peu de médias relaient des images des chefs d'États ravivant la flamme à l'ossuaire de Douaumont, tous ont diffusé ces scènes de centaines de jeunes Français et Allemands courant entre les tombes de la nécropole.
Les réactions indignées ne se sont pas faites attendre, dans le clan des politiques d'abord, avec les tweets et autres communiqués de la droite et de l'extrême droite. Parmi nos lecteurs et adhérents ensuite, qui ont été nombreux à nous écrire leur incompréhension, leur colère, voire leur indignation. Tous ont dénoncé : « une incroyable mascarade en guise de cérémonie du Centenaire où ces lieux sacrés ont été l'objet d'une forme de happening délirant qui a transformé le cimetière sacré de Douaumont en aire de jogging », « une véritable insulte à nos anciens morts pour la France en ces hauts lieux de mémoire ! », nous faisant part de leur « écœurement quant à cet inconvenant spectacle». «Faire piétiner les tombes de tous ces hommes morts pour notre pays m'a totalement révulsée, écrit une lectrice. Je n'ai que 62 ans mais j'ai eu la chance de connaître un de mes arrière-grands-pères qui avait fait 14-18. Il pleurait en pensant à ses copains morts au champ d'honneur comme on dit et regrettait de ne pas être enterré avec eux. Eh bien tant mieux ! Au moins on n'a pas souillé son repos ! »
Alors certes, nous sommes convaincus de la place légitime et nécessaire des jeunes générations dans la transmission du devoir de mémoire. Mais l'on ne peut s'empêcher de repenser à de magnifiques et toute simples commémorations locales, sans ambition mais néanmoins pleines d'émotion, qui se tiennent chaque année dans de nombreux villages de France, à l'occasion desquelles des collégiens se "contentent" de lire des lettres de Poilus. Et ils le font avec une authentique émotion. Les jeunes sont parfaitement capables de comprendre que la sobriété et la dignité sont elles aussi porteuses de sens, a fortiori lorsque l'on rend hommage à 300000 soldats morts sur le champ de bataille. Il est regrettable que les concepteurs de l'étrange spectacle qu'il nous a été donné d'observer avec désolation le 29 mai à Douaumont n'en aient pas eu conscience »

Béatrice Gendron

 Restons digne à Verdun



La troupe de théatre et de danse "les Super Anges" du Bénin