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80 000 Polonais dans la bataille de France

André Boisnaud, passionné par la dramatique "guerre de 40", nous a relaté, précédemment, l'appui que nous ont apporté les pilotes Tchèques. Il est non moins important aujourd'hui de révéler l'engagement des pilotes Polonais, dans la bataille de France, contre l'envahisseur Allemand.
Entraînés en France, ils se sont battus vaillamment sur notre sol et purent ensuite poursuivre leur glorieux combat en Angleterre, faisant l'admiration et attirant le respect des Anglais.

Dès octobre 1939, l'armée polonaise décimée résistait encore à l'ennemi allemand et soviétique. La France avait mis à la disposition des Polonais le camp de Coëtquidan où commençaient à arriver les conscrits polonais issus de l'émigration. Environ 45000 hommes furent ainsi recrutés.
En janvier 1940, le gouvernement polonais du général Sikorski en exil, signa un traité militaire qui prévoyait la constitution en France d'une armée de 80000 hommes.
Dès le printemps, Coëtquidan s'avéra trop petit car certains éléments des forces polonaises, en particulier des cadres, avaient pu fuir par la Hongrie et la Roumanie pour se mettre à la disposition du gouvernement Sikorski. Ces militaires polonais avaient en général l'expérience des combats, un encadrement de qualité ainsi qu'une discipline et une cohésion remarquables. Ils étaient surtout animés d'un fort désir de revanche.

Armée de terre

Les premiers bataillons opérationnels participèrent à la bataille de Narvik en Norvège puis revinrent en France le 15 juin 1940.
Les autres grosses unités participèrent à la bataille de mai-juin, mais les Polonais ne purent jamais réaliser leur projet de constituer deux corps d'armée.
La défaite française étant consommée, de nombreuses unités polonaises parvinrent à regagner l'Angleterre après avoir été retirées du Nord-Est de la France. La 2ème division des Chasseurs (15800 hommes) engagée à Belfort et dans le Doubs parvint à se dégager de l'encerclement allemand et à se réfugier en Suisse où elle fut désarmée.

Aviateurs polonais en 1940

Les aviateurs polonais en France

En mai 1940, on dénombrait 8240 aviateurs polonais. Pilotes et "rampants" se trouvaient dans l'aviation polonaise renaissante en France. 2300 d'entre eux purent rejoindre la Grande Bretagne et formèrent les "squadrons" 302 et 303 qui prirent part à la bataille d'Angleterre dès septembre 1940. Ceci ne fut permis que grâce à l'entraînement intensif que certains reçurent en France, en particulier à Lyon-Bron et à Montpellier.
Le principal de l'aviation polonaise était cantonné à Lyon-Bron, où fut créé un C.I.C. (Centre d'Instruction Chasse). 138 pilotes polonais y furent formés et participèrent aux opérations de la bataille aérienne de France.
L'entraînement de ces pilotes ne commença vraiment qu'après un accord entre la France et le gouvernement polonais en exil en janvier 1940.

Aviateurs polonais en 1940

Deux groupes de chasse polonais

Deux groupes de chasse (GC) polonais furent constitués :
Groupe de chasse Varsovie, GC 1/145 (Kapinski) composé de 2 escadrilles, dotées de Caudron-Renault C 714 Cyclone.
Ces appareils avaient été refusés par l'armée française car ils comportaient de nombreuses failles (pilotage délicat, longueur de décollage et d'atterrissage, vitesse ascensionnelle insuffisante, radio aléatoire...), seuls points positifs pour les pilotes, l'armement bien concentré et une maniabilité étonnante en virage. Malgré tous ces aléas, le GC 1/145 obtint 17 victoires au prix de 4 morts en combat.
Le Groupe Pamula ne fut jamais pleinement opérationnel.
Par ailleurs 6 patrouilles de chasse (3 pilotes chacune) furent affectées aux GC de l'armée française. Ces pilotes polonais volèrent le plus souvent sur Morane 406 ou sur Block 151 ou 152. Quelques uns eurent le bonheur, fin mai ou juin 40, de combattre sur Dewoitine 520.
Le centre d'entraînement de Lyon-Bron ne fonctionna réellement qu'à partir de mars 1940. Il forma environ 168 pilotes dont 74 combattirent dans l'Armée de l'Air sous uniforme français. Ce CIC, en avril 1940, avait une activité intense comme toutes les écoles de l'armée de l'air.
Ces deux groupes travaillaient de l'aube au couchant sur 36 Morane 406 et sur de nombreux appareils d'entraînement. Le groupe d'instruction était dirigé par le commandant Lionel de Marmier et le capitaine Rougevin-Baville commandait l'escadrille de chasse. Ce dernier se rendit vite compte que ces Polonais n'avaient pas grand chose à apprendre en combat aérien : quelques uns avaient eu, déjà en Pologne, des victoires à leur actif. Il suffisait qu'ils prennent en main le Morane 406 et qu'ils s'initient aux méthodes françaises.
Le capitaine Rougevin-Baville eut pour ces "chasseurs" polonais une profonde admiration en raison de leur courage et de leur volonté de lutter pour leur pays qui ne voulait pas s'avouer vaincu. Il cite en particulier son ami le commandant Kapinski qui symbolisa toutes les qualités chevaleresques de cette élite in-domptable.
En résumé ce sont 15 patrouilles de 3 pilotes qui prirent part à la bataille aérienne de France dans les GC français ; mais il y eut aussi de nombreuses escadrilles de défense qui furent constituées assurant la protection de villes ou d'endroits stratégiques.

Aviateurs polonais en 1940

La fin du Groupe de Chasse GC 1/145

Fin mai 40, le groupe de chasse polonais aux ordres du com-mandant Kapinski étant enfin complet avec 30 avions Caudron 714 et 30 pilotes, est affecté en renfort du GC 1/1 du commandant Rebillon replié au sud de la Seine avec quelques Bloch restants.
Les Polonais rejoignent Dreux que les Anglais ont laissé dans un désordre indescriptible. La défense de la base est confiée au groupe, mais le 5 juin une escadrille doit couvrir le terrain de Brétigny où elle a été envoyée. Le 9 juin avec dix sept C714 le groupe va livrer bataille contre des Dornier 17 escortés de Mes-serchmits 109. Sans cohésion mais avec ténacité les "fougueux" Polonais subissent une défaite sanglante. Tous les avions engagés sont plus ou moins détruits. Certains pilotes rejoignent la base à pied, trois ont été tués. Surclassés en puissance, en tech-nique, en armement, les Polonais ont cependant abattu trois BF109 et un Dornier.
Le 10 juin, avec 13 avions restants, le groupe animé d'une volonté farouche va encore se battre avec une meilleure coordination : deux BF109 seront abattus vers Etampes et trois DO17 endommagés. Le commandant Kapinski, gravement blessé, se pose en campagne, le capitaine Laguna prend la tête du 1/145, le sous-lieutenent Czerniak abattu la veille...fait partie des victorieux du jour !
C'est terminé pour le GC1/145. Abandonnant 11 Caudrons sur le terrain, le Groupe reçoit l'ordre de rejoindre Sermaize. Certains pilotes seront affectés aux GC1/1 et 1/8 et obtiendront encore une victoire au large de l'île d'Oléron. Puis, regroupés à La Rochelle, les aviateurs polonais s'embarqueront pour l'Angleterre où, au sein du 302ème et du 303ème squadron, feront, en particulier, une héroïque bataille d'Angleterre en septembre 1940.

21 pilotes périrent en France (au combat ou à l'entraînement) et obtinrent plus de 60 victoires aériennes.
Nous nous devions de leur rendre hommage.

Aviateurs Polonais en France 1940


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