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1939... Il y a 80 ans !

André Tardieu, écrivain et journaliste des années 30 disait : « je suis convaincu de travailler pour une échéance de pas moins de 80 ans ». Prémonition ?...

Après avoir violemment fustigé la succession de reculades et de lâcheté de tous les gouvernements à partir de 1935, en particulier les accords de Munich de septembre 1938 (applaudis par le peuple Français à qui l’on avait vendu cette "assurance pour la paix"), ulcéré par l'aveuglement et le pacifisme de la France "d'en haut" des années 30 face au péril hitlérien, ce grand visionnaire écrivait en 1933 : « ...il nous arrivera quelque jour de nous retrouver à Paris sous le même régime qu’à Berlin, avec la bâtonnade, les camps de concentration, l’antisémitisme, les lois de stérilisation [et alors], la nuit de la servitude aura tôt fait de s’étendre sur toute l’Europe occidentale ».
En fait, après des années de reculades, les gouvernements français et britanniques avaient fini, en 1939, par devenir plus fermes en paroles. Mais les actes qui s’en suivirent, furent pris bien tard, trop tard. À un voisin fourbe, belliqueux et revanchard, qui fourbit ses armes depuis des années, qui a démontré qu’il n’a que faire des traités de toutes sortes, il ne suffit pas de fabriquer des canotiers à la Maurice Chevalier pour partir en congés payés. Ceci n’aurait cependant pas empêché cela, mais encore aurait-il fallu avoir eu le courage politique de s’armer pour la paix. Dans cette triste époque, a-t-on là aussi pensé aux enfants qui allaient prendre de plein fouet les effroyables conséquences de cette coupable et dangereuse incurie ?...
Voici un résumé succinct des éléments politiques des derniers jours qui ont précédé le début de la 2ème conflagration mondiale.
Le 23 août : La France rappelle sous les drapeaux les réservistes de son aviation.
(Anecdote : Mon oncle, André Labrouche, pilote dans l’aéronavale, rappelé à Rochefort, aida les mécanos à monter des avions encore en caisses). Combien ont été opérationnels au jour J ? Très peu. Sur les 7800 avions environ dont dispose la France, seuls 890 d'entre eux ont été en état de combattre. À noter que malgré ce lourd handicap, l'aviation militaire française n'a pas été absente du ciel pendant les terribles journées de mai et juin 1940. Plus de mille avions allemands furent détruits ou abattus par les Français entre 1939 et 1940, tandis que près de 200 pilotes périrent au cours de ces missions.
1er septembre : L'Allemagne attaque la Pologne.
Mobilisation générale en France, au Royaume-Uni et en Union Soviétique.
L'Italie proclame sa non-belligérance.
Hitler ordonne d'euthanasier les aliénés et les incurables.
Instauration du black-out au Royaume-Uni.
2 septembre : Mobilisation générale en Suisse.
Le Royaume-Uni et la France laissent une dernière chance à l’Allemagne de retirer ses troupes du territoire polonais.
3 septembre : L’Allemagne rejette les ultimatums.
Le Royaume-Uni à 11 h 00, la France à 17 h 00, ainsi que l'Australie et la Nouvelle-Zélande à 21 h 30 déclarent la guerre à l'Allemagne.
En cette fin d’été 1939, j’avais 4 ans et demi. C'était encore le Paradis. Je revois ma mère repassant en écoutant la radio "Bordeaux La Fayette". Ce jour là, je l'accompagnais revenant du lavoir, la brouette chargée de linge quand tout à coup les cloches de l'église sonnèrent le tocsin. Celui qui n'a jamais entendu ce son, lancinant, lugubre, interminable, ne sera jamais aussi pénétré jusqu'au plus profond, par ce duo de cloches « ding, ding, ding, ding dong, ding... ». Je n’ai réalisé la gravité de la chose que lorsque ma mère s'écria « Ça y est… la guerre est déclarée ! » Il faut vous dire qu’à cette époque déjà, les gens dormaient tranquille ! On écoutait la musique, la radio et les journaux éditaient à l’unisson : « Tout va bien ! » (Vous voyez, hélas, rien n'a changé !)

Georges Billa